Les expressions françaises

Entre mythe, or et malédiction

Toucher le pactole

Qui n’a jamais rêvé de toucher le pactole ? Aujourd’hui, l’expression évoque un gain spectaculaire ou une fortune tombée du ciel. Pourtant, derrière elle se cache une histoire beaucoup plus ancienne, mêlant géographie, mythologie grecque, rois légendaires et réflexion sur les dangers de la cupidité.

Avant d’être une expression, le Pactole était un véritable fleuve d’Asie Mineure, réputé pour ses sables aurifères. Et selon les récits antiques, cette richesse aurait une origine aussi merveilleuse que tragique.

Un fleuve légendaire au cœur de l’Antiquité

Dans la Grèce antique, le Pactole désignait une rivière de Lydie, région correspondant aujourd’hui à l’ouest de la Turquie. Ce cours d’eau, affluent du fleuve Hermos, traversait les environs de Sardes, capitale du puissant royaume lydien.

Le Pactole était célèbre pour ses alluvions riches en or. Les habitants de la région y recueillaient des paillettes d’électrum, un alliage naturel d’or et d’argent utilisé pour fabriquer les premières monnaies métalliques connues.

La Lydie est d’ailleurs souvent considérée comme le berceau de la monnaie frappée, vers le VIIe siècle avant notre ère. Cette prospérité extraordinaire a contribué à faire du Pactole un symbole universel de richesse abondante.

C’est aussi cette réputation qui a donné naissance à l’expression «toucher le pactole», c’est-à-dire obtenir soudainement une immense fortune.

Toucher le pactole
Jacques Guiaud, Ruines de Sardes : Débris de murailles au bord du Pactole, gravure parue dans la revue « Le Tour du monde », volume 9, 1864.

Midas, le roi qui voulait transformer le monde en or

La légende la plus célèbre liée au Pactole est celle du roi Midas, racontée notamment par le poète latin Ovide dans ses Métamorphoses.

Midas, roi de Phrygie, passait pour un souverain immensément riche, mais aussi profondément avide d’or. Un jour, il accueille avec générosité Silène, vieux satyre ivre et compagnon du dieu Bacchus. Pour remercier Midas de son hospitalité, Bacchus lui accorde un vœu. Le roi demande alors que tout ce qu’il touche se transforme en or.

Au début, ce pouvoir lui paraît merveilleux : objets, vêtements, meubles, palais… tout devient précieux sous ses doigts. Mais très vite, le rêve tourne au cauchemar. La nourriture se change en métal avant même qu’il puisse la manger, l’eau devient or liquide, et certaines versions racontent même qu’il transforme ses proches en statues dorées.

Affamé et désespéré, Midas supplie alors Bacchus de lui retirer ce don empoisonné. Le dieu accepte, mais impose une condition: le roi devra se laver dans les eaux du Pactole.

Comment le Pactole serait devenu un fleuve d’or

Selon la légende, lorsque Midas plonge ses mains dans la rivière, le pouvoir magique quitte son corps pour se transmettre au fleuve. Les eaux et les sables du Pactole se chargent alors de paillettes d’or. La légende permettait ainsi d’expliquer la présence réelle d’or dans cette rivière de Lydie.

Mais derrière cette histoire merveilleuse se cache surtout une leçon morale. L’obsession de la richesse peut devenir une malédiction. Le mythe de Midas illustre parfaitement les dangers de l’avidité et rappelle qu’un désir exaucé n’apporte pas forcément le bonheur.

Toucher le pactole
Walter Crane, Midas se lave dans les eaux du Pactole, dessin,1892.

«Riche comme Crésus»

L’histoire du Pactole ne renvoie pas uniquement à Midas. Lorsqu’on le mentionne, on pense également à Crésus, dernier grand roi de Lydie au VIe siècle avant J.-C. Sa fortune était devenue si célèbre qu’elle a donné naissance à une autre expression toujours utilisée aujourd’hui, riche comme Crésus.

Selon la tradition antique, une partie de cette richesse provenait précisément des sables aurifères du Pactole. Crésus fit frapper des monnaies somptueuses et accumula des trésors considérables, au point d’impressionner l’ensemble du monde grec.

Mais là encore, la légende se termine mal. Confronté à la montée en puissance de l’Empire perse de Cyrus le Grand, Crésus perd son royaume après la prise de Sardes en 546 avant notre ère. L’histoire de Crésus prolonge ainsi le même thème que celle de Midas: la richesse immense ne protège ni du malheur ni de la chute.

Toucher le pactole
Claude Vignon, Crésus, huile, 1629.

Une expression héritée directement de l’Antiquité

Au fil des siècles, le nom du fleuve est devenu une image symbolique de fortune inespérée. En français, toucher le pactole signifie désormais gagner beaucoup d’argent de manière soudaine et presque miraculeuse. Pourtant, l’origine mythologique de l’expression rappelle une idée plus nuancée: l’argent peut être source de puissance, mais aussi d’illusion et de malédiction.

Le mythe de Midas a aussi inspiré de nombreux artistes au fil des siècles, notamment le peintre français Nicolas Poussin, qui, dans plusieurs tableaux représente les épisodes essentiels de la légende.

Toucher le pactole
Nicolas Poussin, Midas à la source du fleuve Pactole, huile, 1625.

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Sources

Esther Buitekant. « D’où vient l’expression « toucher le pactole » ? ». Geo, 09.08.2023. En ligne ici. 

Jérôme Prod’homme. « Pourquoi on dit « toucher le pactole » quand on devient riche d’un coup ? ». Radio France, 31.01.2026. En ligne ici. 

Sonia Darthou. « Toucher le pactole ». Historia, 20.10.2011. En ligne ici. 

Images

Image 1. Pixabay, utilisation libre.

Images 2 à 5. Domaine public, Wikimedia Commons.

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