Le bilboquet est un jeu d’adresse simple en apparence: une boule percée, reliée par une cordelette à une tige de bois, doit être rattrapée sur une pointe après avoir été lancée en l’air. Pourtant, derrière cet objet modeste se cache une histoire longue, complexe et riche.
L’origine exacte du bilboquet demeure incertaine. Certains historiens situent sa naissance en France à la fin du XVIe siècle, tandis que d’autres pensent qu’il pourrait être bien plus ancien. Des jeux similaires existent déjà dans plusieurs civilisations : chez les peuples autochtones d’Amérique du Nord, dans certaines cultures asiatiques ou encore dans le monde méditerranéen.
Le mot « bilboquet » lui-même possède une étymologie discutée. On trouve dès 1534, sous la plume de Rabelais dans Gargantua, le terme «bille boucquet». Le mot pourrait venir de «bille», désignant une petite boule, et de «bocquet», qui évoque la pointe d’un javelot. D’autres chercheurs rapprochent le terme de «bilbo», mot anglais ancien désignant une tige métallique, ou encore des «bilbos», épées fabriquées à Bilbao en Espagne.
Malgré ces incertitudes, une chose est sûre : le bilboquet apparaît clairement en Europe à la Renaissance et devient rapidement un objet de divertissement très apprécié.
Le véritable essor du bilboquet commence sous le règne du roi de France Henri III (1574-1589). Passionné par ce jeu, le souverain ne se sépare presque jamais de son bilboquet. Naturellement, les courtisans imitent le monarque, et le jeu devient rapidement à la mode à la cour de France.
Les bilboquets des nobles sont parfois de véritables œuvres d’art: fabriqués en ivoire, en bois précieux, incrustés d’or ou d’argent. Le jeu passe ensuite des salons aristocratiques à la ville puis aux provinces, connaissant une immense popularité.
Au XVIIe siècle, le jeu devient un accessoire élégant, pratiqué aussi bien par les aristocrates que par les comédiens. Il n’est pas rare de voir des acteurs jouer au bilboquet entre deux répliques sur la scène du Théâtre-Français. Cependant, durant le règne plus solennel de Louis XIV, le bilboquet est progressivement délaissé.
Le jeu connaît une seconde grande période de gloire vers 1775 grâce au marquis de Bièvre, célèbre pour ses fantaisies. Personnage très en vue dans le Paris mondain, il remet le bilboquet au goût du jour.
Le marquis excelle dans cet art. Selon les témoignages de l’époque, il lance la boule jusqu’au plafond avant de la rattraper avec une adresse extraordinaire. À cette époque, le jeu devient une véritable passion collective. On y joue partout: dans les salons, les théâtres, les cafés et même dans les lieux de travail.
La Révolution française semble interrompre brutalement cette vogue. Pendant près d’un siècle, le bilboquet disparaît presque entièrement des modes populaires.
Il subsiste toutefois dans certains milieux artistiques et intellectuels. Des écrivains, journalistes et peintres continuent à y jouer pour se distraire. De plus, il reste apparemment populaire comme jeu d’enfant, comme tendent à le montrer les œuvres représentant des bilboquets, majoritairement dans des mains enfantines.
Au début du XXe siècle, on tente même de créer une « Académie du bilboquet », preuve que le jeu conserve encore quelques passionnés.
Si le bilboquet est fortement associé à la France, il existe en réalité dans de nombreuses cultures sous différentes formes, comme le kendama japonais ou le balero mexicain.
Chez les peuples autochtones d’Amérique du Nord et chez les Inuits, des variantes utilisant des anneaux, des os ou des crânes d’animaux servent parfois d’exercices d’adresse ou possèdent une dimension rituelle.
Mots-clés: Jeux
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« Bilboquet ». Le Conservatoire du jeu. En ligne ici.
« D’où ça vient : la famille des bilboquets ». Le Soir, 16.12.2016. En ligne ici.
Ernest Laut. « Les jeux qui eurent la vogue : Le bilboquet ». Journal du Jura, 23.07.1925. En ligne ici.
« Quand les Parisiens jouaient au bilboquet ». Tribune de Genève, 26.04.1940. En ligne ici.
Domaine public, Wikimedia Commons.