La Promenade des Bastions occupe une place importante dans l’histoire urbaine et scientifique de Genève. Située au pied de la Vieille-Ville, sous la promenade de la Treille, elle s’étend sur l’espace compris entre les anciennes fortifications des XVIe et XVIIe siècles. Son nom fait référence aux bastions, éléments défensifs majeurs des remparts qui protégeaient autrefois la cité.
L’origine de la promenade remonte au début du XVIIIe siècle, dans un contexte marqué par la peur des épidémies. Après la terrible peste de Marseille de 1720, les autorités genevoises prennent de nombreuses mesures sanitaires afin de protéger la population. Genève, ville fortifiée et cloisonnée, doit alors organiser la vie urbaine tout en limitant les déplacements vers l’extérieur. C’est dans ce contexte qu’en 1726 les autorités créent une promenade publique appelée la «Belle Promenade».
L’objectif est double : permettre aux habitants de sortir et de respirer un air jugé plus sain tout en restant à l’intérieur des fortifications. Le lieu, encadré par les bastions et accessible par la porte Neuve, adopte un plan très géométrique inspiré des jardins à la française, avec une grande allée centrale bordée d’arbres.
Au fil du XVIIIe siècle, la promenade s’agrandit grâce au comblement des fossés militaires et à la démolition de certains bastions. Durant l’occupation française de Genève entre 1798 et 1813, elle sert notamment d’écurie pour les troupes napoléoniennes.
Lors d’une grande disette en 1816-1817 provoquée en partie par les conséquences climatiques de l’éruption du volcan Tambora, la promenade devient un espace agricole de survie. Environ 150 marronniers sont abattus pour permettre la culture de pommes de terre destinées à nourrir la population genevoise.
Dès 1817, le parc trouve une vocation scientifique et culturelle grâce au botaniste genevois Augustin Pyrame de Candolle, qui y crée le premier jardin botanique public de Genève. Ce jardin bénéficie d’un emplacement particulièrement favorable, protégé de la bise.
Une orangerie et des serres se construisent dès 1818, puis un conservatoire botanique complète l’ensemble en 1824. Le jardin botanique devient rapidement un lieu prestigieux d’étude et d’acclimatation de plantes venues du monde entier.
À la même époque, le Palais Eynard est édifié en bordure du parc pour le banquier Jean-Gabriel Eynard par un architecte florentin. Ce bâtiment accueille aujourd’hui le siège du Conseil administratif de la Ville de Genève.
Après la destruction des fortifications décidée au milieu du XIXe siècle, la Promenade des Bastions s’agrandit considérablement et prend l’aspect d’un parc paysager. Entre 1868 et 1872, plusieurs bâtiments y sont construits, qui accueillent aujourd’hui l’Université de Genève et de la Bibliothèque de Genève.
Le parc devient également un lieu de prestige. Grâce au legs du duc de Brunswick, de grandes grilles et un portail monumental sont installés dès 1873. Puis des ornements les complètent entre 1887 et 1896.
Au début du XXe siècle, le jardin botanique déménage sur la rive droite du Rhône. Les anciennes serres sont détruites en 1910 afin de laisser place à l’un des monuments les plus célèbres de Genève: le Monument international de la Réformation, inauguré le 7 juillet 1917 à l’occasion du quatrième centenaire de la Réforme. Ce monument transforme définitivement les Bastions en haut lieu de mémoire historique et politique.
Mots-clés: Histoire Suisse et genevoise; Noms de rues
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Alexandre Charles Wenger. « Un règlement pour lutter contre la peste : Genève face à la grande peste de Marseille (1720-1723) » Gesnerus, 2003, vol. 60, n° 1-2, p. 62–82. En ligne ici.
Cathy Macherel. « Le parc des Bastions célèbre ses 300 ans, mais il n’est pas à la fête ». Tribune de Genève, 15.04.2026. En ligne ici.
Site des 300 ans du Parc des Bastions de la Ville de Genève.
Image 1. Photographie de l’autrice.
Images 2 à 4. Domaine public, Wikimedia Commons.