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La Tapisserie de Bayeux

La Tapisserie de Bayeux est un chef-d’œuvre de l’art roman du XIe siècle. Réalisée sous forme de broderie sur toile de lin, elle aurait été commandée par Odon de Conteville, demi-frère de Guillaume le Conquérant, afin d’orner la cathédrale de Bayeux lors de sa consécration en 1077.

Longue de près de 70 mètres, elle est composée de 58 scènes, mettant en scène 626 personnages, 202 chevaux et de nombreux éléments architecturaux et maritimes. À travers une succession d’images accompagnées de légendes en latin, elle raconte la conquête de l’Angleterre par les Normands en 1066.

Au-delà de sa dimension artistique, cette œuvre est également considérée comme un instrument de propagande, présentant les événements sous un jour favorable à Guillaume et justifiant son accession au trône d’Angleterre.

Le récit de la conquête de l’Angleterre

L’histoire débute en 1064, lorsque le roi d’Angleterre Édouard le Confesseur, sans héritier, envoie Harold Godwinson en Normandie pour proposer la succession du trône à Guillaume.

Cependant, à la mort d’Édouard en janvier 1066, Harold se fait couronner roi à sa place, trahissant ainsi la promesse faite au duc de Normandie. Informé de cette situation, Guillaume décide alors de revendiquer son droit par la force.

En septembre 1066, il rassemble une flotte impressionnante et traverse la Manche avec plusieurs milliers d’hommes et de chevaux. L’armée normande débarque à Pevensey, dans le sud de l’Angleterre, puis se dirige vers Hastings.

La Tapisserie de Bayeux
Guillaume le conquérant part en guerre (détail, scène 38)

La bataille d’Hastings

Le 14 octobre 1066 a lieu la célèbre Bataille d’Hastings, épisode central de la tapisserie.

Les troupes anglo-saxonnes, positionnées sur une colline, opposent une résistance farouche grâce à un mur de boucliers. Les Normands, quant à eux, utilisent une stratégie combinant archers, fantassins et cavaliers.

Après de violents combats, la situation bascule lorsque les forces anglaises quittent leur position défensive. Harold est finalement tué, frappé d’une flèche dans l’œil, scène emblématique de la tapisserie. La défaite des Anglo-Saxons entraîne leur fuite, ouvrant la voie à la victoire normande. Guillaume est ensuite couronné roi d’Angleterre le 25 décembre 1066.

La Tapisserie de Bayeux
Victoire de Guillaume le Conquérant (détail, scène 55)

Une œuvre riche de sens et de symboles

La Tapisserie de Bayeux ne se limite pas à un simple récit historique. Elle porte également une dimension morale et religieuse, illustrant la punition du parjure d’Harold, considéré comme ayant trahi son serment.

Les bordures décoratives encadrant la scène principale présentent des animaux réels et fantastiques. Dans les dernières scènes, elles représentent aussi les morts du champ de bataille, renforçant la dimension dramatique du récit.

La Tapisserie de Bayeux
Animaux sur les bordures de la tapisserie de Bayeux (détail, scène 51)

Un témoignage exceptionnel du XIe siècle

Cette broderie constitue une source historique unique sur le Moyen Âge. Elle offre de précieuses informations sur l’architecture, l’équipement militaire, la navigation et la vie quotidienne au XIe siècle.

Elle illustre également les différences culturelles entre Normands et Anglo-Saxons, visibles notamment dans les coiffures ou les styles vestimentaires.

Quatre figures dominent le récit : Guillaume le Conquérant, protagoniste principal et vainqueur de la conquête ; Harold Godwinson, dont la mort marque la fin de la résistance anglaise ; Édouard le Confesseur, à l’origine de la crise de succession et Odon de Conteville, probable commanditaire de l’œuvre et soutien de Guillaume.

La Tapisserie de Bayeux
Bateaux sur la tapisserie de Bayeux (détail, scène 38)

Conservation et postérité

Conservée pendant des siècles dans la cathédrale de Bayeux, la tapisserie a échappé de peu à plusieurs destructions, notamment pendant la Révolution française et la Seconde Guerre mondiale.

Aujourd’hui, elle est inscrite au registre « Mémoire du monde » de l’UNESCO. Elle demeure l’un des rares exemples d’art roman profane et une source historique essentielle pour comprendre la société médiévale.

À la fois œuvre d’art, document historique et instrument politique, la Tapisserie de Bayeux constitue un témoignage exceptionnel de la conquête de l’Angleterre au XIe siècle. Par la richesse de ses détails et la force de son récit, elle continue de fasciner historiens et visiteurs, offrant une plongée unique dans l’univers du Moyen Âge.

La Tapisserie de Bayeux
Comète de Halley représentée sur la tapisserie de Bayeux (détail, scène 32)

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Sources

« Découvrir la tapisserie de Bayeux». Bayeux Museum. En ligne ici. 

« Tapisserie de Bayeux – broderie – dite de la Reine Mathilde ». Site de l’Unesco. En ligne ici. 

Sylvette Lemagnen (dir.), Shirley Ann Brown (dir.) et Gale Owen-Crocker (dir.), L’invention de la tapisserie de Bayeux : naissance, composition et style d’un chef-d’œuvre médiéval : colloque international, Musée de la tapisserie de Bayeux, 22-25 septembre 2016, Rouen, Point de vues, 2018, 399 p.

Images

Domaine public, WIkimedia Commons.

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