Quand les monuments de Genève rappellent son passé

Dans le parc de Malagnou

Les sculptures du Muséum

Le parc de Malagnou, qui entoure le Muséum d’histoire naturelle, constitue un espace singulier où se mêlent patrimoine artistique, mémoire scientifique et aménagement paysager. Contrairement à de nombreux parcs genevois issus d’anciennes propriétés privées, celui-ci est une création relativement récente. Il se construit entre 1959 et 1968 de la réunion de plusieurs parcelles. Dès l’installation du Muséum dans ses nouveaux bâtiments en 1966, le parc s’est progressivement enrichi de sculptures, formant aujourd’hui un parcours artistique à ciel ouvert.

Un bestiaire sculpté au cœur du parc

Les premières œuvres installées dans le parc reflètent étroitement la vocation scientifique du Muséum. Elles prennent majoritairement la forme d’animaux, constituant un véritable bestiaire sculpté.

Parmi les plus anciennes figure la marmotte dressée de Robert Hainard, installée en 1967. Taillée dans la pierre, elle semble observer son environnement depuis son promontoire. Elle incarne l’attention minutieuse que l’artiste porte à la nature. Hainard, naturaliste autant que sculpteur, a profondément marqué l’identité du lieu, notamment avec son héron cendré (1981), autre figure emblématique du parc. Celui-ci a disparu du paysage en 2014.

Le sculpteur Paul Bianchi contribue lui aussi à cet ensemble avec un guépard assis, installé dans le parc dès 1966. Cette œuvre élégante témoigne de son intérêt pour la représentation stylisée du monde animal. Bianchi est également l’auteur du bas-relief monumental (1973) qui orne la façade du Muséum. Sans titre, cette œuvre symbolise la croûte terrestre et l’émergence de la vie marine.

Yvan Larsen, taxidermiste du Muséum et artiste, enrichit à son tour le parc avec plusieurs sculptures animalières. Il a créé un tamanoir (1969) et une chouette effraie (1970), installés à l’arrière du bâtiment. Son travail témoigne d’un lien étroit entre observation scientifique et création artistique.

Enfin, la présence du gorille de Louis Gallet, installé en 1984, ajoute une dimension spectaculaire à cet ensemble. Réalisée en bronze, cette sculpture se distingue par son réalisme puissant, fruit des observations directes de l’artiste dans des zoos européens.

Les sculptures du Muséum
Les sculptures du Muséum

Entre art et histoire locale

Certaines sculptures du parc témoignent également de l’histoire urbaine et sociale de Genève. Le taureau en granit de Luc Jaggi a été réalisé en 1947 pour les abattoirs municipaux. Il a ensuite été déplacé dans le parc en 1997 après la fermeture de ces derniers. Son installation à Malagnou illustre la réaffectation d’œuvres publiques et leur intégration dans de nouveaux contextes.

De manière plus participative, un bloc sculpté en marbre de Carrare, issu d’une exposition temporaire (1990–1991), a été façonné directement par les visiteurs du Muséum. Cette œuvre collective introduit une dimension interactive et pédagogique dans le parc.

Les sculptures du Muséum

Une sculpture façonnée par la nature

Parmi toutes les installations, le bloc erratique occupe une place à part. Découvert lors de la construction de l’autoroute Genève–Lausanne et installé dans le parc en 1979, il n’est pas l’œuvre d’un artiste humain, mais celle du glacier du Rhône.

Ce rocher de 35 tonnes est composé de galets issus de roches anciennes. Ce sont les glaciers qui l’ont transporté durant la dernière période glaciaire, entre 70 000 et 10 000 ans avant notre ère. Sa présence devant le Muséum constitue un témoignage tangible du passé géologique de la région. Il s’inscrit pleinement dans la mission scientifique de l’institution.

Les sculptures du Muséum
Les sculptures du Muséum

Art et écologie

Depuis les années 2010, le parc de Malagnou connaît une nouvelle phase d’aménagement, intégrant des préoccupations écologiques. En 2014, la sculpture contemporaine Dynamique ancestrale d’André Bucher remplace le héron dans le bassin à l’entrée du Muséum. Cette œuvre, composée d’une colonne basaltique cerclée de bronze, s’inscrit dans un programme de réaménagement en collaboration avec les services municipaux.

À partir de 2017, le parc devient également un «mini-laboratoire écologique et pédagogique». Des installations telles que des hôtels à insectes et des nichoirs, favorisant la biodiversité, viennent compléter le parcours artistique. Cette évolution reflète une volonté de sensibiliser le public aux enjeux environnementaux, en cohérence avec la mission du Muséum.

Ainsi, les sculptures du parc de Malagnou ne constituent pas seulement un décor : elles participent pleinement à l’identité du Muséum d’histoire naturelle de Genève. À travers elles, art, science et histoire dialoguent en permanence.

Les sculptures du Muséum
Les sculptures du Muséum

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Sources

Danielle Decrouez et Philippe Wagneur. « Muséum de Genève ». Ville de Genève, 2010. En ligne ici. 

« Sentier culturel – D’un musée à l’autre, Tranchées ». Ville de Genève, 2013. En ligne ici

Images

Photographies de l’autrice.

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