L’histoire de Genève à travers ses noms de rues

En passant par Collonge-Bellerive

Le chemin de la Savonnière

Située sur le territoire de Collonge-Bellerive, au bord du Léman, la Savonnière constitue un lieu chargé d’histoire dont le nom, les usages et l’environnement témoignent de plusieurs siècles de vie locale. Aujourd’hui encore, le chemin de la Savonnière rappelle l’existence d’un site autrefois fréquenté par les habitants pour la lessive et les activités rurales.

Une origine du nom incertaine

L’origine du toponyme «Savonnière» demeure discutée. Plusieurs hypothèses ont été avancées au fil des recherches historiques et linguistiques. Le lieu-dit ancien «Savonnaz» pourrait dériver de chavon ou tschavon, un terme dialectal signifiant «extrémité». Le nom désignerait alors un terrain situé à la limite d’un territoire. Pour une autre forme ancienne, «Savagnière», on évoque plutôt le sens de «région boisée».

Une autre explication est liée à la botanique. Le dictionnaire de Littré indique que «savonnière» était autrefois un nom donné à la saponaire, une plante dont les feuilles, riches en substances moussantes, étaient utilisées pour nettoyer les lainages, les dentelles et divers textiles. Cette interprétation est particulièrement séduisante dans un lieu associé depuis longtemps aux pratiques de lavage.

La plus ancienne forme connue du nom, attestée en 1443 sous la forme «savunientez», évoque également le savougnon, nom patois du cornouiller sanguin, un arbuste fréquent dans les milieux humides.

Enfin, la tradition populaire a retenu une origine plus simple. L’endroit étant utilisé par les habitants de Collonge pour laver leur linge, le nom serait directement lié au verbe «savonner».

Chemin de la Savonnière
François Diday, A Collonge aux environs de Genève, gravure, XIXe siècle.

De Cheynibet à la Savonnière

Avant de porter son nom actuel, le secteur était connu sous l’appellation de «Cheynibet» ou parfois «Champ Nibet». À partir de 1443, le nom de Savonnière remplace progressivement cette ancienne désignation.

La Savonnière occupait alors une place importante dans l’organisation rurale locale. Les communautés de Collonge et de Vésenaz-Cherre y possédaient des pâturages communaux, attestés dès 1544. Ces terrains s’étendaient sur l’actuelle plage de la Savonnière et sur les espaces voisins situés au nord.

Au sud, séparées des pâturages par des zones boisées, se dressaient les ruines d’une abbaye cistercienne fondée vers 1150. Cet établissement religieux fut détruit en 1530 à l’époque de la Réforme. Bien que son emplacement exact ait longtemps fait débat, il constituait un élément majeur du paysage historique de la région.

Chemin de la Savonnière
Charles Barbant, Chalet du Prince d'Essling (Collonges-Bellerive), gravure, 1860.

La Savonnière, lieu de lessive

La mémoire collective associe avant tout la Savonnière à la lessive. Pendant des siècles, laver le linge représentait l’une des tâches domestiques les plus pénibles et les plus chronophages. Cette activité, presque exclusivement féminine, nécessitait d’importantes quantités d’eau et mobilisait parfois plusieurs jours de travail.

À Genève, comme dans de nombreuses régions suisses, les autorités réglementaient l’usage des fontaines publiques afin d’éviter leur pollution. Dès 1672, certaines formes de lessive y furent interdites, obligeant les habitantes à se rendre au bord des lacs ou des cours d’eau.

La situation de la Savonnière, au bord du Léman, en faisait un lieu idéal pour cette activité. Les femmes de Collonge y lavaient leur linge selon des techniques traditionnelles qui associaient trempage, échaudage, battage, rinçage et séchage. Avant l’apparition des savons industriels, les cendres de bois, la potasse ou encore des plantes comme la saponaire étaient utilisées pour nettoyer les textiles.

Ces lieux de lavage jouaient également un rôle social essentiel. Ils constituaient des espaces de rencontre, d’échange et de solidarité féminine. La Savonnière s’inscrit ainsi dans un réseau de lieux genevois commémorant cette pratique, comme la rue du Cendrier, la rue des Trois-Blanchisseuses ou encore la promenade des Lavandières, qui rappelle aujourd’hui le travail des femmes employées sur les bateaux-lavoirs du Rhône.

La rue des Trois-Blanchisseuses
Joseph Mégard, Quai du Seujet à Genève, gravure, 1903.

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Sources

Benjamin Chaix. « En 1672, les Genevois se sentent menacés par Bellerive ». Tribune de Genève, 19.03.2022. En ligne ici. 

Elisabeth Joris. « Lessive ». Dictionnaire historique de la Suisse, 27.01.2015. En ligne ici. 

René Bondt. « Savonnerie ». Dictionnaire historique de la Suisse, 22.08.2011. En ligne ici. 

Site des Noms géographiques du canton de Genève. 

Images

Image 1. Photographie de l’autrice.

Images 2 à 4. Domaine public, Wikimedia Commons.

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