L’expression «être mal barré» est couramment employée pour qualifier une situation compromise ou une personne qui va au-devant de sérieux ennuis. Lorsqu’on l’entend, le verdict est souvent sans appel. C’est fichu, mal engagé, voire voué à l’échec. Mais d’où vient exactement cette expression?
Pour comprendre cette expression, il faut d’abord s’intéresser au verbe «barrer». Dérivé du mot barre, issu du latin médiéval barra signifiant «barrière», «barrer» apparaît dès le XIIᵉ siècle avec le sens de «fermer» ou «consolider à l’aide d’une barre». Au XVe siècle, son sens évolue pour signifier «faire opposition» ou «faire obstacle à quelqu’un». Cet usage existe encore aujourd’hui dans certaines régions, où l’on peut «barrer une porte» ou «barrer un vélo».
C’est cependant au XIXᵉ siècle que l’expression prend la direction décisive qui nous intéresse. Le verbe «barrer» entre alors dans le vocabulaire de la marine, où il signifie «tenir ou manœuvrer la barre du gouvernail». La barre est en effet l’outil essentiel qui permet au capitaine de diriger son navire et de maintenir le cap.
Dans ces conditions, si le marin barre mal son bateau, notamment en pleine tempête ou à proximité de côtes dangereuses, le risque de naufrage est considérable. Être «mal barré» désigne donc, à l’origine, une situation maritime extrêmement périlleuse. Par extension métaphorique, l’expression quitte progressivement le domaine maritime pour s’appliquer à la vie quotidienne, conservant l’idée d’une trajectoire dangereuse et mal maîtrisée.
On évoque parfois une autre origine à l’expression. Le mot pourrait également être lié à l’arabe algérien barrâ, qui signifie «va-t’en». Ce terme aurait influencé l’argot français au XIXᵉ siècle, notamment chez les marbriers de cimetière, où «barrer» signifiait «abandonner son travail». De là viendrait l’expression familière «se barrer», au sens de «partir» ou «s’enfuir». Selon cette hypothèse, «être mal barré» signifierait alors «être mal parti». Toutefois, cette explication reste secondaire face à l’origine maritime, plus largement reconnue.
Aujourd’hui, l’expression «être mal barré» a définitivement quitté les flots pour s’installer dans le langage courant. Pourtant, son image d’origine demeure intacte: sur terre comme en mer, être mal barré, c’est avancer dans une mauvaise direction et risquer de lourdes conséquences…
L’expression «être mal barré» est loin d’être un cas isolé. Le français regorge d’expressions héritées du monde maritime, preuve de l’influence profonde de la navigation sur notre imaginaire collectif. Ainsi, mettre les voiles, être sur le pont, avoir le vent en poupe ou naviguer à vue transposent les réalités de la mer dans nos vies quotidiennes. Même l’expression «couper court» nous vient des marins. Ceux-ci, en cas de tempête, devaient parfois couper court les cordages et pour protéger le navire. Une décision radicale, mais salvatrice.
Mots-clés: Anecdotes historiques; Expressions
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