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Adrienne Bolland

Figure emblématique de l’aviation française, Adrienne Bolland a marqué l’histoire par son audace, ses exploits techniques et ses engagements politiques. Première femme à traverser la cordillère des Andes en avion en 1921, elle incarne à la fois l’esprit pionnier de l’aviation et le combat des femmes pour leur émancipation au XXe siècle.

Volonté d’indépendance

Adrienne Armande Pauline Bolland naît le 25 novembre 1895 à Arcueil dans une famille bourgeoise d’origine belge. Elle est la dernière d’une fratrie de sept enfants. Son père, Henri Bolland, écrivain et géographe pour les éditions Hachette, meurt en 1909, laissant la famille dans une situation financière difficile. Très tôt, Adrienne refuse de dépendre de sa mère et décide de construire sa propre vie.

À une époque où l’aviation est un univers exclusivement masculin, elle choisit pourtant de devenir pilote. Cette décision provoque l’incompréhension et le scandale dans son entourage, mais rien ne freine la jeune femme. Elle entre à l’école de pilotage des frères Caudron au Crotoy en novembre 1919 et obtient son brevet de pilote le 26 janvier 1920, seulement dix semaines après le début de sa formation. Elle devient alors l’une des premières femmes françaises brevetées pilote.

Adrienne Bolland
Carte postale française de 1921

Une pionnière de l’aviation

Très vite, Adrienne Bolland se fait remarquer par son talent et son audace. Engagée par le constructeur René Caudron comme pilote d’essai, elle devient la première femme à occuper ce poste.

Le 25 août 1920, elle entre dans l’histoire en devenant la première femme à traverser la Manche en avion depuis la France. Quelques mois plus tard, elle participe au grand meeting aérien de Buc. Son tempérament téméraire et son goût du risque lui valent rapidement une grande notoriété.

Adrienne Bolland
Adrienne Bolland au Meeting de Buc, 1920

La traversée des Andes

L’épisode le plus célèbre de sa carrière reste la traversée de la cordillère des Andes. En décembre 1920, Adrienne Bolland part pour l’Argentine avec un avion Caudron G.3 doté d’un moteur de seulement 80 chevaux, largement insuffisant pour franchir les sommets andins culminant à près de 7 000 mètres.

Malgré les avertissements et le refus de René Caudron de lui fournir un appareil plus puissant, elle décide de tenter l’aventure. Le 1er avril 1921, elle décolle de Mendoza en direction de Santiago. Son avion ne possède ni cabine fermée, ni oxygène, ni instruments de navigation modernes. Pour lutter contre le froid, elle s’enduit le corps de graisse et se protège avec des couches de papier journal.

Le vol dure plus de quatre heures dans des conditions extrêmes. Adrienne se perd dans les montagnes, affronte les vents violents et manque plusieurs fois de s’écraser contre les reliefs.

Pourtant, contre toute attente, elle réussit l’exploit et atterrit à Santiago sous les acclamations de la foule. Elle devient ainsi la première femme au monde à traverser les Andes en avion. Cette réussite lui vaut le surnom de « déesse des Andes ».

Adrienne Bolland
Adrienne Bolland dans le journal El Grafico du 19 mars 1921.

Une aviatrice libre et engagée

De retour en France, Adrienne Bolland multiplie les meetings aériens et les démonstrations de voltige. En 1924, elle bat un record spectaculaire en réalisant 212 loopings en 72 minutes. Son courage impressionne autant que son caractère indépendant.

En 1930, elle épouse le pilote Ernest Vinchon, avec qui elle partage sa passion de l’aviation. Mais Adrienne Bolland ne limite pas son engagement au domaine aérien. Très sensible à la condition des femmes, elle milite dans les années 1930 pour le droit de vote féminin aux côtés d’autres aviatrices célèbres comme Hélène Boucher, Maryse Bastié ou encore Louise Faure-Favier.

Ouvertement engagée à gauche et attachée aux valeurs humanistes, elle défend également l’aviation populaire et s’oppose aux totalitarismes. Ses prises de position lui valent de nombreuses critiques, et plusieurs de ses avions sont sabotés. Au cours de sa carrière, elle survivra à sept accidents graves.

Adrienne Bolland
Adrienne Bolland au Meeting de Buc, 1920

La Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Adrienne Bolland et son mari choisissent de rester en zone occupée et rejoignent le réseau de Résistance CND-Castille dans le Loiret. Ils participent notamment au repérage de terrains destinés aux parachutages et aux opérations aériennes clandestines des Forces françaises libres.

Adrienne devient également opératrice radio, une mission extrêmement dangereuse sous l’Occupation. Le couple aide des résistants, cache des réfractaires au Service du travail obligatoire et participe à la diffusion de journaux clandestins.

Après la guerre, Adrienne Bolland reçoit la Médaille de la Résistance et est nommée officier de la Légion d’honneur.

Jusqu’à sa mort à Paris le 18 mars 1975, Adrienne Bolland demeure une figure admirée du monde aéronautique. Au-delà de ses exploits techniques, Adrienne Bolland symbolise surtout la liberté, l’audace et l’émancipation des femmes. Dans une société qui réservait encore les exploits scientifiques et sportifs aux hommes, elle a prouvé qu’une femme pouvait repousser les limites du possible.

Adrienne Bolland
Adrienne Bolland en 1932

 

Merci à Mémoire Vivante de m’avoir inspiré cet article !

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Sources

« Adrienne Bolland (1895-1975) ». Mémoire Vivante, 23.09.2025. En ligne ici. 

« Adrienne Bolland, aviatrice intrépide et féministe ». L’histoire par les femmes. En ligne ici. 

Bernard Marck. « BOLLAND ADRIENNE (1895-1975) ». Encyclopædia Universalis. En ligne ici. 

George Joumas et Sophie Deschamps. Les Vies d’Adrienne Bolland – pionnière de l’aviation, féministe et résistante (1895-1975). Regain Lecture, 2022, 208 p.

Images

Domaine public, WIkimedia Commons.

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