Sur le chemin de l'histoire

L’histoire de Genève à travers ses noms de rues

En passant par Saint-Jean

La rue Madame de Staël

La rue de Staël rend hommage à une plume puissante et prolifique de l’époque révolutionnaire. Anne-Louise-Germaine Necker, baronne de Staël-Holstein, connue sous le nom de Madame de Staël, d’origine genevoise, partage sa vie entre la France et la Suisse, au gré des changements politiques qui secouent l’Europe entre la fin du XVIIIe et le début du XIXe siècle.

De l’enfance à la Révolution

Germaine Necker nait en 1766 à Paris. C’est la fille du banquier genevois Jacques Necker, devenu le directeur général des finances du roi Louis XVI. Au milieu d’une France catholique, elle reçoit une éducation protestante et libérale, et évolue très jeune dans les salons tenus par sa mère, qui attirent de nombreuses personnalités.

Éloquente, pleine d’esprit et réticente à l’idée du mariage, elle épouse tout de même le diplomate suédois Erik Magnus Staël von Holstein (1749-1802) à 20 ans. Elle ouvre ensuite son propre salon dans l’ambassade de Suède à Paris, qui connaît un grand succès. C’est aussi à ce moment qu’elle commence sa longue carrière d’écrivaine.

Avec la Révolution, ses parents retournent en Suisse en 1790. Elle reste à Paris jusqu’en 1792, avant de trouver refuge dans le château de Coppet, qui appartient à son père. Elle retourne en France en 1794, après la chute de Robespierre. Les évènements politiques auxquels elle assiste orientent son style littéraire. Germaine de Staël publie par exemple en 1793 ses Réflexions sur le procès de la Reine. Elle y exprime ses idées sur les fautes imputées à la reine, mais aussi sur la condition féminine de son époque en général.

Elle publie ensuite en 1796 De l’influence des passions sur le bonheur des individus et des nations. L’ouvrage met en lien bonheur et liberté, ainsi que bonheur et bon gouvernement. Les idées progressistes mais modérées de Germaine de Staël, ainsi que son influence, la place en opposition avec les Révolutionnaires radicaux, même si elle partage certaines de leurs idées.

La rue Madame de Staël
Louis Carrogis Carmontelle, Germaine Necker, dessin, 1780.

Germaine contre Napoléon

En 1797, Madame de Staël rencontre un jeune général corse, dont le nom deviendra connu quelques années plus tard. Il se nomme Napoléon. Leurs idées opposées fait naître entre eux une inimitié immédiate.

Ses idées sur lui se renforcent après la nomination de Napoléon comme Premier consul à vie en 1802. Craignant l’influence de l’écrivaine dans son propre entourage, Napoléon la bannit de Paris, lui interdisant de s’approcher à moins de 200km de la ville. A ce moment-là, le roman Delphine de Madame de Staël vient de paraître. Tout en mettant en avant les idées des Lumières, il s’interroge sur les limites de la liberté des femmes.

Germaine de Staël quitte donc Paris en 1803. Après un voyage de plusieurs mois en Allemagne, elle retourne au château de Coppet en 1805.

La rue Madame de Staël
Le Château de Coppet au clair de lune , aquarelle, 1849.

Une plume pour de nombreux écrits

Durant ce second exil, Germaine de Staël effectue de nombreux voyages à travers l’Europe (Italie, Allemagne, Autriche, Suède…). Elle continue à s’intéresser et à écrire sur les idées des Lumières (De l’Allemagne) et sur la condition des femmes et leur recherche d’indépendance (Corinne ou l’Italie, Le Mannequin, Sapho, etc.). D’autres thématiques diverses traversent ses écrits, tels que les arts ou le suicide.

Elle réunit autour d’elle un groupe hétéroclite d’intellectuels de son époque, qui sera ensuite connu sous le nom de « groupe de Coppet ». Des hommes de lettres de toute l’Europe y participeront, tous opposés au régime impérial de Napoléon et aux régimes absolutistes en général. De retour à Paris en 1814 après la restauration de la monarchie, elle continuera à recevoir les membres de ce groupe dans ses salons. Gravement malade, elle meurt le 14 juillet 1817 d’une hémorragie cérébrale. Elle laisse derrière elle ses nombreux écrits témoignant de ses idées libérales, politiques et idéologiques.

La rue Madame de Staël
Elisabeth Vigée-Lebrun, Portrait de Germaine de Staël en Corinne au Cap Misène, huile, 1809

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Sources

« Anne Louise Germaine Necker, baronne de Staël-Holstein, dite Mme de Staël». Larousse. En ligne ici

Hofmann, Etienne. « Staël, Germaine de ». Dictionnaire historique de la Suisse, 11.02.2014. En ligne ici

Vial, Charles-Eloi. « Germaine de Staël, avant-gardiste». Les essentiels de la BNF, 2017. En ligne ici.

Wiener, James Blake. « Madame de Staël – Le combat par la plume ». Blog du musée national suisse, 21.05.2021. En ligne ici

Images

Image 1: Photographie de l’auteure

Images 2 à 4: Domaine public, Wikimedia Commons

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