La place du Cirque doit son nom à la présence, dès le milieu du XIXᵉ siècle, d’un cirque permanent, fait exceptionnel en Suisse. Située à l’angle du boulevard Saint-Georges et de l’avenue du Mail, à proximité immédiate de la plaine de Plainpalais, elle a longtemps été un haut lieu du divertissement genevois. De 1857 à 1955, cet emplacement a accueilli successivement un cirque en dur, puis l’un des premiers cinémas de la ville, marquant durablement l’histoire culturelle de Genève.
L’épopée du cirque à cet endroit précis commence en 1857, avec l’implantation d’un premier cirque par la famille Guichard. Il s’agit alors d’une construction en bois. En 1865, il est racheté par Théodore Rancy (1818-1892), figure majeure du cirque européen du XIXᵉ siècle. Issu d’une famille d’artistes et ancien écuyer du tsar Nicolas Ier de Russie, Rancy fonde sa propre enseigne en 1856 et développe un vaste réseau de cirques fixes, appelés « cirques d’hiver », en France et en Suisse.
À Genève, après avoir exploité deux cirques en planches simultanément, Rancy décide de construire un cirque en maçonnerie, inauguré vers 1880 à la place qui prendra son nom. Inspiré du modèle parisien du cirque Medrano, le bâtiment comprend une piste circulaire, des gradins et d’importantes écuries. La famille Rancy est, en effet, spécialiste du dressage de chevaux. Ce cirque devient le seul cirque en dur de Suisse.
Les spectacles du cirque Rancy rencontrent un grand succès auprès du public genevois. On y apprécie particulièrement les numéros comiques, souvent riches en allusions à des personnalités locales, ainsi que les pantomimes à grand déploiement. Le cheval occupe une place centrale dans les programmes, aux côtés de clowns, acrobates, trapézistes et voltigeurs équestres.
Au-delà du cirque, le bâtiment sert pour des concerts, des concours de masques lors de l’Escalade ou des événements exceptionnels, comme une lecture publique de textes de Victor Hugo en 1881. La place du Cirque s’inscrit ainsi dans un ensemble plus vaste de lieux de loisirs et de culture à Plainpalais, aux côtés du Diorama, du casino et des théâtres.
Après la mort de Théodore Rancy en 1892, sa veuve Olive et son fils Alphonse reprennent le cirque. Pour répondre aux normes de sécurité, le bâtiment subit des rénovations et reconstructions en 1898 et 1899, par l’architecte Marc Camoletti. À partir de 1905, les premières projections cinématographiques y sont organisées, puis, en 1909, le lieu devient officiellement l’Apollo-Théâtre, l’un des tout premiers cinémas permanents de Genève.
La transformation est emblématique d’un changement d’époque. La piste circulaire est partiellement coupée pour accueillir un écran, et le cinéma devient un lieu majeur de diffusion audiovisuelle. L’Apollo participe pleinement à l’essor du cinéma au début du XXᵉ siècle et connaît un véritable âge d’or dans les années 1910-1940.
En 1955, le bâtiment est démoli, entraînant la disparition du seul cirque en dur qu’ait connu la Suisse. Il est remplacé par des immeubles, mais la vocation culturelle du site perdure. Un nouveau cinéma, le Paris, puis le Manhattan, s’installe en sous-sol. Sauvé de la démolition à la fin des années 1980 grâce à une mobilisation menée notamment par le mécène Metin Arditi. Le lieu est classé monument historique en 1993 et devient l’Auditorium Arditi en 1996.
Mots-clés: Histoire Suisse et genevoise; Monuments; Noms de rues
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Andrea Di Guardo . « La place du Cirque abrite les plus vieux cinémas de Genève ». tribune de Genève, 25.07.2024. En ligne ici.
« Cirque Rancy puis Apollo Théâtre ». Notice de la Bibliothèque de Genève. En ligne ici.
« Depuis quand y a-t-il des cirques à Genève et quels étaient-ils ? ». Interroge, 04.01.2024. En ligne ici.
François Beuret. « Le cirque de Plainpalais ». 2021, en ligne ici.
Image 1. Photographie de l’autrice.
Images 2 à 4. Domaine public, Wikimedia Commons.