À Plainpalais, une place et une sculpture rappellent la présence et l’influence de Béla Bartók. Compositeur majeur du XXe siècle, son œuvre tisse un lien profond entre traditions populaires et modernité musicale.
Né en 1881 en Transylvanie, dans une famille de musiciens amateurs, Bartók connaît une enfance marquée par la maladie et la solitude. Très tôt, il révèle un talent exceptionnel pour le piano. Il commence à composer dès l’âge de neuf ans. Après des études brillantes à l’Académie royale de musique de Budapest, il s’impose rapidement comme pianiste, compositeur et pédagogue. En parallèle, il développe une réflexion profonde sur l’identité musicale hongroise.
Pianiste virtuose, compositeur et pionnier de l’ethnomusicologie, Béla Bartók a profondément renouvelé le langage musical en intégrant les traditions populaires d’Europe centrale à une écriture musicale moderne et rigoureuse.
Avec son ami et condisciple Zoltán Kodály, Bartók est l’un des fondateurs de l’ethnomusicologie moderne. Dès 1906, ils parcourent les campagnes hongroises et les régions voisines. Ils y collectent, enregistrent et analysent les chants populaires. Ces recherches nourrissent toute l’œuvre de Bartók. Elles lui permettent de créer une musique savante, profondément enracinée dans les traditions populaires.
Parmi ses œuvres majeures figurent Le Château de Barbe-Bleue, la Musique pour cordes, percussion et célesta, le Concerto pour orchestre, ainsi que de nombreuses œuvres pour piano et musique de chambre.
La Suisse occupe une place importante dans la vie et la carrière de Béla Bartók. Dès les années 1908-1910, il y séjourne et s’y produit comme pianiste, notamment à Zurich. Par la suite, il revient régulièrement pour des concerts, des récitals et des séjours de travail, profitant aussi des paysages alpins qu’il affectionne particulièrement.
Genève occupe une place particulière dans l’itinéraire de Bartók. Il y fait la connaissance du chef d’orchestre genevois Ernest Ansermet dès les années 1920, qui deviendra l’un de ses plus fervents défenseurs. Bartók collabore à plusieurs reprises avec Ansermet et l’Orchestre de la Suisse romande.
Le moment le plus marquant de cette relation a lieu le 22 février 1939, lorsque Bartók interprète lui-même son Deuxième concerto pour piano, dirigé par Ernest Ansermet à la tête de l’OSR, au Grand Théâtre de Genève.
Ces collaborations témoignent de l’importance de Genève comme lieu de diffusion et de reconnaissance de la musique de Bartók en Europe occidentale.
Face à la montée du fascisme et du nazisme en Europe, Bartók comprend dès le début des années 1930 que le pire est en marche. Après la mort de sa mère, en décembre 1939, il quitte définitivement l’Europe. En 1940, après un concert d’adieu à Budapest, il s’exile aux États-Unis avec son épouse Ditta Pásztory.
Malgré la précarité matérielle, la maladie et l’isolement, il continue à composer jusqu’à ses derniers jours. Il meurt à New York le 26 septembre 1945, laissant une œuvre qui marque durablement l’histoire de la musique.
À Genève, la mémoire de Béla Bartók est inscrite dans l’espace urbain à travers la place Béla-Bartók, située à Plainpalais, à proximité de la rue du Général-Dufour et de l’église du Sacré-Cœur. Cette place est ornée d’une statue en acier inoxydable, œuvre du sculpteur hongrois András Beck (1911-1985).
Offerte à la Ville de Genève en 1983 par la communauté hongroise, cette sculpture rend hommage au compositeur à l’occasion du centenaire de sa naissance. Intitulée Figure symbolique de l’Oratorio « Cantata profana », elle s’inscrit dans la tradition de la sculpture cubiste. Composée d’éléments juxtaposés et superposés, elle évoque à la fois une forêt dense, une formation minérale et un groupe humain uni par une même quête. On y distingue notamment la silhouette stylisée d’un cerf, symbole central de la Cantata profana.
La scultpure se base en effet sur une œuvre musicale de Bartó, Cantata profana A kilenc csodaszarvas (Cantate profane – Les neuf cerfs enchantés). Composée en 1930 pour ténor, baryton, double chœur et orchestre et basée sur un mythe roumain, elle raconte l’histoire de neuf fils transformés en cerfs, symbolisant la liberté
La surface brillante de l’acier reflète l’environnement urbain de manière déformée, créant un dialogue entre l’œuvre, la ville et les passants. Restaurée et remise en valeur en 2008, cette statue constitue aujourd’hui un symbole fort du lien entre Genève et Béla Bartók.
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« Bela Bartok, le déraciné ». RTS, 03.11.2014. En ligne ici.
« Béla Bartók a-t-il collaboré avec Ernest Ansermet et joué au Victoria Hall ? ». Interroge, 15.10.2025. En ligne ici.
« Quel est le nom de la sculpture métallique se trouvant à la rue du Général-Dufour à côté de l’église du Sacré-Cœur et qui en est l’auteur ? » Interroge, 04.12.2024. En ligne ici.
Site des noms géographiques du canton de Genève.
Images 1 et 4. Photographies de l’autrice.
Images 2 et 3. Domaine public, Wikimedia Commons.