À première vue, le Kakelorum ressemble à un simple jeu de balle en bois. Pourtant, cet objet raconte une histoire étonnante, entre jeux de hasard et loteries du XIXe siècle.
Le Kakelorum est un jeu de hasard apparu dans l’espace alpin au XIXe siècle, avec des origines qui pourraient remonter au XVIIIe siècle. Il se développe notamment en Haute-Autriche et dans les régions alpines.
L’objet est généralement fabriqué en bois. Il se compose de deux parties principales: une petite tour ou structure creuse, souvent décorée d’une figure humaine et un plateau circulaire situé à sa base, comportant de nombreuses petites cases numérotées.
La tour contient une piste en forme de spirale. Une petite bille est introduite par le sommet, puis descend en tournant à travers cette spirale avant de sortir sur le plateau. Le résultat dépend alors de l’endroit où la bille s’arrête.
Le joueur introduit une bille dans la partie supérieure de la tour. Celle-ci descend à travers le parcours en spirale, puis arrive sur le plateau circulaire, où elle s’immobilise sur l’une des cases numérotées.
Dans certains modèles, le plateau comporte 58 cases, tandis que d’autres en possèdent davantage, parfois jusqu’à 90. Le numéro obtenu déterminait le résultat du jeu. Plus le numéro était élevé, meilleur était généralement le résultat. Dans certaines versions, atteindre la case centrale constituait même un gain immédiat. Le Kakelorum est donc un jeu de hasard.
Comme beaucoup de jeux de hasard, le Kakelorum n’était pas seulement un divertissement. En Autriche, certains modèles étaient utilisés pour déterminer des numéros de loterie. La bille indiquait alors le numéro à retenir pour le prochain tirage.
Le jeu était notamment associé au système de loterie numérotée allant de 1 à 90. Des témoignages du XIXe siècle indiquent que ce type d’appareil était présent dans les boutiques de loterie de Vienne. Le Kakelorum pouvait donc avoir une double fonction : jeu de hasard et instrument permettant de tirer un numéro au sort.
Cette utilisation explique aussi pourquoi le Kakelorum apparaît dans les textes consacrés aux jeux interdits. Au début du XIXe siècle, les autorités autrichiennes surveillaient étroitement les jeux d’argent. La vente et l’utilisation publique de certains jeux de hasard étaient interdites ou réglementées.
Des documents datant notamment de 1818 et 1819 mentionnent un jeu appelé Traunlspiel. La description correspond très clairement au fonctionnement du Kakelorum : une bille traverse une spirale avant de s’arrêter dans une case numérotée.
Les autorités demandent alors aux aubergistes et aux marchands de ne plus proposer ces jeux. Les objets pouvaient même être confisqués. Le Kakelorum était donc suffisamment populaire pour être vendu sur les marchés, mais aussi suffisamment associé aux jeux d’argent pour attirer l’attention de la police.
Le terme « Kakelorum » semble relativement récent. Au XIXe siècle, plusieurs autres noms désignaient des objets similaires: Traunl ou Traunlspiel, Raundl, Dranl ou Dronl, Hanserl, Dallenspiel… De très nombreux noms lui sont ainsi associés.
Les sources anciennes montrent cependant que ces noms ne désignaient pas toujours exactement le même objet. Certains pouvaient également être utilisés pour d’autres jeux. Le terme Traunl semble avoir été particulièrement courant en Autriche au XIXe siècle. Les dictionnaires et documents de l’époque décrivent un objet très proche du Kakelorum : une bille descend dans une spirale puis s’arrête sur un numéro.
L’origine exacte du mot « Kakelorum » reste, elle, incertaine.
Au début du XXe siècle, le Kakelorum semble progressivement perdre de sa popularité. En 1934, le directeur du musée d’Altona, Otto Lehmann, évoquait déjà le Kakelorum comme un jeu autrefois très répandu mais désormais tombé en désuétude.
Pourtant, l’objet n’a pas complètement disparu. Certains exemplaires du XXe siècle sont conservés dans des musées, notamment dans des collections consacrées aux jouets et aux jeux anciens. Des modèles ont même continué à être fabriqués dans les régions alpines. Si le kakelorum a disparu, certains jeux modernes de hasard, comme la roulette, continuent à exister sur les mêmes principes.
Mots-clés: Jeux
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Image 1. Domaine public, Wikimedia Commons
Image 2. Kakelorum, vers 1860, Stedelijk Museum Zutphen (Pays-Bas), CC-0 (domaine public), source: Base de données Europeana
Image 3. Gravure dans Otto Lehmann, Spiele und Spielzeug in Schleswig-Holstein, Die Sachgüter der deutschen Volkskunde, 1934.
Image 4. Pixabay, utilisation libre.