Quand les monuments de Genève rappellent son passé

Au cœur de la Vieille-Ville

Le cadran solaire de Saint-Germain

Les cadrans solaires témoignent d’une époque où la mesure du temps dépendait directement du mouvement apparent du Soleil. À Genève, ils ont longtemps joué un rôle pratique dans la vie quotidienne, avant d’être progressivement remplacés par les horloges mécaniques, puis par une mesure du temps standardisée. Parmi les cadrans solaires genevois, celui de l’église Saint-Germain est particulièrement remarquable. Il représente un squelette chevauchant un âne dans un paysage fleuri, sous la lumière du Soleil.

Le cadran solaire d'Albert Schmidt

Le cadran solaire se trouve sur le mur sud-est de l’église Saint-Germain. Il a été réalisé en 1908 par Albert Schmidt, artiste genevois dont l’œuvre est marquée par le symbolisme et par une forte dimension expressive.

Le cadran représente un squelette chevauchant un âne dans un pré fleuri, avec le paysage genevois et le Salève en arrière-plan. L’œuvre porte le titre «Allégorie de la mort». Selon les spécialistes d’Albert Schmidt, cette composition témoigne de l’intérêt de l’artiste pour le temps qui passe et pour la brièveté de la vie.

Le dessin pourrait notamment s’inspirer d’une gravure sur bois d’Albrecht Dürer extraite de La Nef des fous, publiée en 1494. Par sa composition très stylisée et son dessin proche de l’affiche, le cadran présente également des caractéristiques de l’Art nouveau.

Le cadran solaire de Saint-Germain
Illustration en gravure sur bois de « Narrenschiff » de Sebastian Brant (1494), réalisées par Albrecht Dürer.

Le squelette et l’âne

Le squelette personnifie évidemment la Mort. Sa présence sur un instrument destiné à mesurer les heures crée un lien direct entre le temps et la finitude humaine. Cette association entre le temps et la mort est ancienne dans l’histoire de l’art. Elle rejoint notamment la tradition des vanités, œuvres qui invitent à méditer sur la fragilité de la vie, la fuite du temps et le caractère éphémère des biens terrestres.

L’âne peut être interprété à plusieurs niveaux. D’abord, il appartient au paysage représenté : il paît dans un champ fleuri, dans un décor qui évoque la campagne genevoise avec le Salève en arrière-plan. Mais sa présence peut également avoir une dimension symbolique. Dans la tradition occidentale, l’âne est notamment associé à l’instinct, à la matérialité et aux aspects terrestres de l’existence.

Le fait que la Mort chevauche l’âne peut ainsi être compris comme une représentation de l’être humain et de son existence terrestre placés sous la menace inévitable de la mort. Il faut toutefois rester prudent: aucune source connue ne donne une explication définitive du choix de l’âne par Albert Schmidt.

Le cadran solaire de Saint-Germain
Comment fonctionne un cadran solaire ?

Le cadran solaire repose sur le mouvement apparent du Soleil. Une tige, appelée style ou gnomon selon sa forme et sa fonction, projette une ombre sur une surface graduée. Au cours de la journée, cette ombre se déplace et indique l’heure solaire.

Le gnomon constitue l’un des plus anciens instruments de mesure du temps. Les cadrans solaires se sont ensuite perfectionnés. Sur les cadrans modernes, le style s’oriente parallèlement à l’axe de rotation de la Terre : on parle alors de style polaire. Son inclinaison dépend de la latitude du lieu.

Genève et la mesure du temps

L’histoire des cadrans solaires genevois est étroitement liée à l’évolution de la mesure du temps. Avant l’unification des horaires, chaque ville pouvait avoir sa propre heure locale, déterminée par la position du Soleil. À Genève, les cadrans solaires et les méridiennes constituaient donc des instruments importants pour régler les horloges et organiser la vie quotidienne.

Au XIXe siècle, cette situation devient progressivement problématique. Le développement du télégraphe et surtout du chemin de fer exige de synchroniser les horaires. Genève se trouve alors au cœur d’une situation particulièrement complexe : pendant plusieurs décennies, différentes heures coexistent.

La Suisse adopte finalement l’heure d’Europe centrale en 1894. À partir de cette date, l’heure légale ne correspond plus exactement à l’heure solaire locale. Les cadrans solaires perdent donc leur fonction d’horloges officielles et deviennent progressivement des objets patrimoniaux, artistiques ou pédagogiques.

Le cadran de Saint-Germain, peint en 1908, appartient justement à cette période où le cadran solaire n’est plus indispensable pour connaître l’heure, mais peut devenir un support artistique et symbolique.

Le cadran solaire de Saint-Germain
Le cadran solaire de Saint-Germain

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Sources

« Le cadran solaire de l’église Saint-Germain à Genève montre un squelette assis sur un âne. Que représente ce symbole ? ». Interroge, 03.07.2025. En ligne ici. 

Nathaly De Morawitz-Schorpp. « Les trois horloges mystérieuses de Genève… ». Tribune de Genève, 01.03.2023. En ligne ici. 

Thomas Weibel. « Marque que les heures ensoleillées ». Blog du musée national suisse, 19.03.2024. En ligne ici. 

Images

Images 1 et 2. Domaine public, Wikimedia Commons.

Images 3, 4 et 5. Photographies de l’autrice.

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