Dressée devant la Villa Bartholoni depuis sa construction au début du XIXe siècle, la statue de Diane chasseresse témoigne du goût de l’époque pour l’Antiquité et le néoclassicisme. Inspirée de la célèbre Diane de Versailles, elle s’intègre à un ensemble architectural et paysager conçu comme une évocation idéale des villas italiennes.
La statue de Diane chasseresse qui se dresse devant la Villa Bartholoni fait partie intégrante du projet architectural conçu à la fin des années 1820. Construite entre 1828 et 1830 pour le banquier et entrepreneur François Bartholoni (1796-1881), la villa est l’œuvre de l’architecte français Félix-Emmanuel Callet. Ce dernier est un passionné de l’architecture antique. Installée face au Léman, la villa constitue alors une luxueuse résidence d’été inspirée des villas toscanes.
La propriété s’inscrit dans le mouvement des grandes demeures de campagne genevoises du XIXe siècle. Les riches familles bourgeoises quittent la ville durant la belle saison pour profiter de vastes domaines paysagers où architecture, jardins et œuvres d’art forment un ensemble harmonieux. La Villa Bartholoni en est un remarquable exemple. Son parc est aujourd’hui intégré au parc de la Perle du Lac. Il se constitue toujours d’allées, d’arbres remarquables, de bosquets et de sculptures inspirées de l’Antiquité.
L’architecture extérieure témoigne de cette volonté de recréer un décor antique. La façade est ornée de niches abritant des statues. Devant l’entrée principale prennent place deux figures mythologiques: Diane chasseresse et Actéon.
La statue de la Villa Bartholoni est une copie simplifiée de la célèbre Diane de Versailles, conservée au musée du Louvre. Cette œuvre est elle-même une copie romaine du IIe siècle après J.-C. d’un original grec en bronze du IVe siècle avant J.-C. Celui-ci est généralement attribué au sculpteur athénien Léocharès.
La Diane de Versailles représente la déesse Artémis (Diane chez les Romains) en pleine marche. Son bras gauche, largement restauré au fil des siècles, reposait autrefois sur un arc, dont il ne subsiste aujourd’hui qu’un fragment. Le petit cerf qui l’accompagne est également un ajout réalisé lors d’une restauration au début du XVIIe siècle.
La statue genevoise reprend les principales caractéristiques de ce modèle prestigieux. Elle en simplifie néanmoins certains détails. Son auteur demeure inconnu.
Dans la mythologie romaine, Diane est la déesse de la chasse, de la nature sauvage et de la lune. Équivalent de l’Artémis grecque, on la représente traditionnellement comme une jeune femme athlétique munie d’un arc, d’un carquois et accompagnée d’un cerf ou d’une biche.
Protectrice des forêts et des animaux sauvages, elle incarne également la virginité et l’indépendance. Son image de chasseuse, parcourant montagnes et forêts avec sa meute, en fait l’une des divinités les plus populaires de l’Antiquité. Son choix pour orner une résidence entourée d’un vaste parc paysager apparaît donc particulièrement approprié. La déesse symbolise le lien entre la nature domestiquée des jardins et la nature sauvage idéalisée.
Le cerf sur la statue de Diane renvoie à l’un des récits les plus célèbres de la mythologie grecque, l’histoire d’Actéon.
Actéon, jeune chasseur élevé par le centaure Chiron, surprend un jour la déesse Diane alors qu’elle se baigne nue dans une source. Furieuse contre celui qui l’épie ainsi, elle le transforme en cerf. Incapables de reconnaître leur maître, ses propres chiens de chasse le poursuivent et le mettent à mort.
Selon d’autres versions antiques, Actéon aurait été puni pour s’être vanté d’être meilleur chasseur que la déesse ou pour avoir profané un sanctuaire. Quelle que soit la tradition retenue, ce mythe rappelle les limites imposées aux mortels face aux dieux et les conséquences de l’hybris, c’est-à-dire de l’orgueil ou de la transgression.
La présence de cette Diane s’inscrit pleinement dans le goût néoclassique qui domine l’Europe durant la première moitié du XIXe siècle. Les découvertes archéologiques de Pompéi et d’Herculanum ravivent alors l’intérêt pour l’Antiquité grecque et romaine. Architectes, peintres et sculpteurs puisent largement leur inspiration dans ces modèles, privilégiant les proportions idéales, les sujets mythologiques et les références à l’art antique.
Félix-Emmanuel Callet, grâce à ces années d’études à Rome, était particulièrement sensible à ces découvertes. Les décors intérieurs de la Villa Bartholoni, réalisés par une équipe d’artistes italiens, reprennent d’ailleurs les motifs des fresques pompéiennes, des villas romaines et de l’art étrusque.
Le parc lui-même était conçu comme un véritable musée en plein air. Les visiteurs pouvaient y découvrir des copies d’œuvres célèbres, parmi lesquelles une Danseuse d’après Canova, une Flore de René Frémin, une Amalthée de Julien et plusieurs reproductions de statues antiques. La Diane faisait partie de cet ensemble destiné à évoquer un paysage idéal inspiré de l’Italie et de l’Antiquité.
Mots-clés: Art; Histoire Suisse et genevoise; Monuments
Vous voulez connaître l’histoire d’un autre monument?
« La villa Bartholoni ». Les petits carnets du Musée d’histoire des sciences, n° 12, 2022. En ligne ici.
« Pouvez-vous me confirmer que la statue se trouvant devant le Musée des sciences est celle de Diane chasseresse ? Qui en est l’auteur et tenait-elle, à l’origine, un arc dans sa main gauche ? ». Interroge, 06.05.2026. En ligne ici.
« Qui sont les personnages représentés en buste sur les deux maisons flanquant l’entrée du parc de la Perle du lac ? ». Interroge, 03.06.2026. En ligne ici.
Images 1, 2 et 5. Photographies de l’autrice.
Image 3. Photographie de ma sœur, merci à elle !
Image 4. Henryk Siemiradzki, Diane et Actéon, huile, 1886. Domaine public, Wikimedia Commons.