Le chemin De-La-Montagne a longtemps été interprété comme une simple référence géographique. Son nom semble aujourd’hui davantage renvoyer à une figure historique précise: Jean de la Montagne, commissaire des Bernois au XVIe siècle.
L’hypothèse aujourd’hui privilégiée attribue le nom du chemin à Jean de la Montagne, fonctionnaire au service de Berne après la conquête de la région en 1536. À cette époque, les Bernois s’emparent du Chablais ainsi que des bailliages de Ternier et de Gaillard, dans un contexte lié à la Réforme et marqué par les tensions entre la Savoie et Genève.
Dans les territoires conquis, les autorités bernoises procèdent à une réorganisation foncière. Les biens ecclésiastiques et hospitaliers sont transformés en fiefs, puis attribués à des particuliers. C’est dans ce cadre que Jean de la Montagne intervient comme commissaire. Il est notamment chargé d’établir les reconnaissances foncières en 1546 et 1547, en particulier pour les terres de la Maladière, terme qui désigne la léproserie de Chêne-Bougeries et qui est aussi le bâtiment le plus important de la région.
Son rôle ne se limite pas à ces fonctions administratives. On retrouve également sa trace à Bardonnex, où il acquiert en 1542 une maison forte confisquée par les Bernois après leur conquête. Il apparaît ainsi comme un acteur typique de cette période de transition, mêlant fonctions administratives, gestion foncière et intégration dans les structures locales.
L’action de Jean de la Montagne s’inscrit dans une période particulièrement instable pour la région genevoise. Au début du XVIe siècle, Genève est encore sous l’autorité du duché de Savoie. Les tensions politiques et religieuses s’intensifient avec la diffusion des idées de la Réforme.
En 1526, Genève conclut une alliance avec Berne et Fribourg afin de se protéger contre la Savoie. Mais la rupture confessionnelle entre cantons protestants et catholiques fragilise rapidement cette alliance. En 1536, Berne intervient militairement, conquiert plusieurs territoires et impose son administration.
La région des Trois-Chêne est alors directement touchée. Elle est divisée en deux par la Seymaz, séparant les zones sous contrôle genevois et bernois. Les populations locales subissent pillages, conflits et changements d’autorité. Cette situation perdure jusqu’en 1564, date à laquelle certains territoires sont restitués à la Savoie.
Avant que l’hypothèse liée à Jean de la Montagne ne s’impose, une autre interprétation était largement admise. Le nom « de la Montagne » était alors compris comme une référence au paysage.
Certains historiens ont ainsi relié cette appellation à l’ancien lieu-dit « Jussy-la-Montagne », qui désignait une zone de la commune. Au XVIe siècle, ce territoire était couvert de broussailles et de taillis, et offrait un large horizon ouvert vers Jussy, ainsi que sur les Voirons et les montagnes environnantes.
Cette lecture s’inscrit dans une logique plus large de toponymie locale, où plusieurs chemins de la région évoquent des éléments du paysage alpin, comme le Mont-Blanc, le Jura, le Buet ou les Voirons. Ces noms traduisent souvent l’importance visuelle et symbolique des montagnes dans l’environnement genevois.
La coexistence de ces interprétations a conduit à une clarification officielle. Afin de lever l’ambiguïté, les autorités genevoises ont décidé de modifier l’orthographe du nom du chemin. Depuis le 1er février 1986, il s’écrit « De-La-Montagne », avec majuscules et traits d’union, comme les autres toponymes renvoyant à des personnalités historiques.
Ce changement, apparemment mineur, a une portée significative : il confirme que l’appellation renvoie à un nom propre, celui de Jean de la Montagne, et non à une simple caractéristique géographique. Ainsi, la toponymie devient un moyen de préserver la mémoire d’un acteur historique.
Si vous voulez lire un autre article sur le Chemin De-La-Montagne, vous pouvez cliquer ici pour découvrir l’histoire de l’ours de Chêne-Bougeries !
Vous voulez lire une autre histoire des noms de rues?
« Chêne-Bougeries Pas de quoi en faire… une montagne». La Tribune de Genève, 03.02.1986. En ligne ici.
« La Commanderie de Compesières ». Courrier de Genève, 28.08.1949. En ligne ici.
Pierre Bertrand. « Des lacunes dans la liste des propriétaires de la maison-forte ». La Tribune de Genève, 05.02.1983. En ligne ici.
Site des noms géographiques du canton de Genève.
Image 1: Photographie de l’auteure
Images 2 et 3: Domaine public, Wikimedia Commons.
Image 4 : Détail de l’Atlas cantonal genevois de Jean Rodolphe Mayer, 1828.