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Personnalité historique

Catherine de Watteville: amazone, duelliste et espionne

Jeune femme qui ne s’est jamais conformée aux règles de son époque, Catherine de Watteville a eu une vie mouvementée. Cavalière, adroite au pistolet, duelliste et impliquée en politique, elle devient dans les années 1680 espionne pour Louis XIV au sein des Bernois…

Jeunesse et duel

Catherine de Wattevillle nait en 1645. Elle grandi au Château d’Oron, là où son père occupe la fonction de bailli. Dernière-née d’une fratrie de 11 enfants, elle devient orpheline à 13 ans. Elle vit alors successivement chez différents membres de sa famille à travers la Suisse.

Très jeune déjà, ses loisirs ne sont pas les mêmes que ceux des autres filles de son âge. Catherine préfère effectivement les pistolets et le tir aux poupées et à la couture. Elle apprend également à monter à cheval, et est une excellente cavalière.

Catherine arrive à maîtriser un cheval réputé indomptable. Son propriétaire lui en fait alors cadeau, avec une paire de pistolets. Elle s’en sert peu après, contre un comte qui, chassant dans les bois, la harcèle et tente de la violer.

Catherine est aussi connue pour avoir provoquer une femme en duel. Âgée de 20 ans, hébergée par des parents à Morat, la dame de compagnie d’une de leur invitée l’insulte et lui cherche des noises. Catherine et elle s’affrontent en duel, mais son parent ayant retiré les balles des pistolets, elles finissent par se battre à l’épée. Plusieurs personnes interviennent pour parvenir à séparer les duellistes. Catherine a désormais une réputation fougueuse et sulfureuse.

Catherine de Watteville : amazone, duelliste et espionne
Perregaux, Katharina Franziska (1645-1714), huile sur toile, 1693. Bibliothèque de la Bourgeoisie de Berne, Porträtdok. 4571.

Mariages forcés et espionnage

Afin de mettre un terme à son image anticonformiste, la famille de Catherine cherche à la marier au plus vite. (Il faut dire aussi qu’elle a déjà atteint l’âge «avancé» de 24 ans…). L’homme qu’elle choisit est catholique (elle est protestante), et cette union est donc refusée par ses proches. Ils la marient contre son gré à un pasteur bernois novice en 1669.

Elle se voit forcée d’adopter un code vestimentaire strict et une vie très simple. Elle réussit à obtenir un poste plus important pour son mari à Därstetten, et fait faire son portrait en armure et fourrure d’hermine avec les cheveux détachés, comme symbole de rébellion à sa condition.

Son mari meurt prématurément en 1679, et Catherine, sans dot, se remarie au greffier Samuel Perregaux de Valangin, lui aussi veuf.

À cette époque, les relations entre Berne et la France sont compliquées. D’ordinaire en bonne entente avec les Français, beaucoup de Bernois sont révoltés par la révocation de l’Édit de Nantes en 1685. Les époux Perregaux sont tous les deux convaincus que Berne a tout intérêt à garder de bonnes relations avec la France. Active dans le parti profrançais bernois, Catherine devient espionne pour le compte de Louis XIV. Elle commence à faire passer des informations à la cour de Versailles, pour contrecarrer les plans des Bernois antifrançais.

Catherine de Watteville : amazone, duelliste et espionne
Thédore Roos, Portrait de Catherine de Watteville (1645-1714), huile, 1673.

Procès et exil

En décembre 1689, Catherine de Watteville est trahie par une servante, dénoncée, et emprisonnée Berne. Elle n’avoue pas son rôle d’espionne, même après de nombreux interrogatoires, et se fait alors torturer jusqu’à ce qu’elle avoue.

Elle est ensuite jugée et condamnée à mort. Cependant, sa famille parvient à faire annuler sa peine capitale contre un bannissement. Catherine rejoint donc son époux, et finit ses jours, mutilée et défigurée, au Château de Valangin. Elle y décède le 21 novembre 1714, après avoir dicté ses Mémoires à son mari.

Catherine de Watteville : amazone, duelliste et espionne
Gabriel Ludwig Lory (1784-1846), Valangin, gravure, XIXe siècle.

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Sources

Rossi, Frédéric et Vuilleumier, Christophe (dir.). Quel est le salaud qui m’a poussé? : cent figures de l’histoire suisse. Gollion: Infolio, 2016.

Schlup, Murielle. « L’espionne du Roi-Soleil ». Blog du musée national suisse, 30.05.2018. En ligne ici

Schmidt, Frédéric. « Catherine de Watteville ». Journal de l’immobilier, 22.09.2021. En ligne ici.

Stürler, Maurice de. « L’énigmatique Catherine de Watteville », Suisse magazine, 2002. En ligne sur e-periodica.

Images

Image 1. Pixabay, utilisation libre.

Image 2. Bibliothèque de la Bourgeoisie de Berne

Images 3 et 4. Domaine public, Wikimedia Commons.

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