L’histoire de Genève à travers ses noms de rues

En passant par Bel-Air

La Tour de l’Île

La Tour de l’Île est le dernier vestige du château de l’Île, une forteresse médiévale qui contrôlait autrefois l’accès à la cité genevoise. Témoignage de plus de huit siècles d’histoire, elle rappelle le rôle stratégique joué par ce site dans les rivalités entre les évêques de Genève et les comtes de Savoie, avant de connaître de multiples usages et d’échapper de justesse à la démolition à la fin du XIXe siècle.

Une forteresse au cœur des luttes de pouvoir

Le château de l’Île est construit entre 1215 et 1219 à l’initiative de l’évêque Aymon de Grandson. Son édification s’inscrit dans un contexte de tensions avec les comtes de Genève puis avec la Maison de Savoie. L’évêque cherche alors à renforcer son autorité sur la cité en faisant bâtir plusieurs fortifications, dont celle de l’Île, mentionnée pour la première fois en 1219 sous le nom de Munitio.

Le choix de son emplacement n’est pas anodin. Implanté sur un îlot situé à la sortie du lac, à l’endroit où le principal pont reliant les Rues-Basses au quartier de Saint-Gervais franchit le Rhône, le château constitue un important point stratégique. Il permet de surveiller simultanément les circulations terrestres et fluviales tout en protégeant l’accès nord-ouest de Genève.

Les recherches archéologiques montrent que l’îlot était occupé bien avant le Moyen Âge, dès la fin de l’âge du Bronze. Certaines pierres employées dans les fondations du château proviennent même de monuments romains, probablement récupérées dans l’ancienne enceinte de la ville.

L’incendie du pont du Rhône
Sébastien Münster, carte de Genève, gravure, 1600. On observe bien la tour de l'île au milieu du lac.

Le château des évêques devient celui de Savoie

À la fin du XIIIe siècle, le château devient l’enjeu principal de la lutte entre l’évêque et le comte de Savoie. Profitant de la vacance du siège épiscopal, le comte Amédée V de Savoie assiège la forteresse en 1287. Après environ quatorze semaines de résistance, le château capitule.

L’évêque Guillaume de Conflans réclame immédiatement sa restitution. Malgré plusieurs avertissements juridiques et même l’excommunication prononcée contre Amédée V en 1290, le conflit se poursuit. Si le traité d’Asti prévoit cette année-là la restitution du château à l’évêque contre une importante indemnité, la Maison de Savoie conserve finalement une influence déterminante sur le site. Dès lors, le château devient le principal siège du pouvoir savoyard à Genève jusqu’à la Réforme.

Le château accueille également les institutions administratives de la ville. Il est le siège du vidomnat de Genève, dont le vidomne exerce la justice au nom de l’évêque, puis celui de la châtellenie, administrée par un châtelain chargé de la gestion du domaine et de son entretien.

Le château a aussi des fonctions militaires et stratégiques. Il permet la surveillance du pont reliant les deux rives de la ville, mais également la navigation entre le Léman, le Rhône et l’Arve. Cette position permet de contrôler les déplacements des hommes, des marchandises et des embarcations.

La Tour de l’Île
Pierre Escuyer, Place de Bel-Air, dessin, 1822

De forteresse à bâtiment utilitaire

Au début du XVIe siècle, le château perd progressivement sa vocation militaire. Son démantèlement commence vers 1530. On réemploie ses pierres dans les nouvelles fortifications de Saint-Gervais. L’enceinte et les bâtiments disparaissent peu à peu, tandis que la grande tour est conservée.

Cette survie s’explique par les nombreux usages qu’elle exerce au sein de la cité. La tour sert successivement de prison, de beffroi municipal, d’atelier de fabrication de poudre à canon, de teinturerie, de magasin à poudre, de grenier à blé et même de logement pour l’horloger chargé de son entretien. Au XVIIe siècle, plusieurs de ces fonctions coexistent encore.

La prison de la tour accueille plusieurs personnages célèbres de l’histoire genevoise. Philibert Berthelier, figure politique genevoise du XVIe siècle et défenseur des libertés de la cité, y est emprisonné avant d’être décapité le 23 août 1519 devant l’édifice, à l’endroit même où se dresse aujourd’hui sa statue.

La Tour de l’Île

Une tour sauvée par les Genevois

À la fin du XIXe siècle, la Tour de l’Île manque de disparaître. Les projets immobiliers prévus sur l’île rendent le vieux monument encombrant et sa démolition est envisagée en 1897.

Cette perspective provoque une importante mobilisation populaire. Une pétition est lancée, puis un référendum est organisé le 19 décembre 1897. Les Genevois choisissent finalement de conserver leur monument. Restaurée en 1898, la tour est ensuite classée monument historique en 1921. Elle demeure aujourd’hui le seul vestige visible du château de l’Île.

La Tour de l’Île

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Sources

Isabelle Brunier et al. Genève, Saint-Gervais : du bourg au quartier. SHAS, 2001. En ligne ici. 

 

Benjamin Chaix. “1898 La tour de l’Île a échappé à la démolition ». Tribune de Genève, 03.03.2018. En ligne ici. 

« La Tour de l’Île était-elle autrefois un poste stratégique de péage et de surveillance pour le passage du pont reliant les Rues-Basses à la rive droite ? Si oui, pourquoi fallait-il payer et qui devait le faire ? ». Interroge, 19.09.2022. En ligne ici. 

Site des noms géographiques du canton de Genève. 

Images

Images 1, 4 et 5. Photographies de l’autrice.

Images 2 et 3. Domaine public, Wikimedia Commons

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