Au numéro 14 de la rue de l’Hôtel-de-Ville se trouve un pavement unique à Genève, créé de pavés de bois. Construit au XIXe siècle, il permet de se plonger dans l’histoire des pavés de Genève, sur lequel nous marchons tous les jours s’en y prendre garde…
Jusqu’au début du XIXᵉ siècle, les rues et les places de Genève ne sont pas pavées comme on les connaît aujourd’hui. Le sol de la ville est alors recouvert de galets ramassés dans le lit de l’Arve. Ces derniers forment un revêtement irrégulier et peu confortable, dont quelques vestiges subsistent encore sur la rampe de la Treille.
Ce n’est qu’aux alentours de 1830 que le pavé de pierre fait son apparition, sous l’influence de la ville de Bâle, où cette technique est déjà bien établie. Les premiers essais, réalisés avec des pierres de Meillerie, s’avèrent concluants. Leur forme cubique offre une meilleure assise et une surface plus régulière que les galets. Dès lors, le pavé s’impose progressivement dans les rues de la cité.
Avant que le pavé ne se généralise, de nombreuses chaussées genevoises sont simplement gravelées, selon la méthode dite du hérisson. Une couche de gravier posée sur un fond de cailloux.
À partir de 1825, Genève expérimente le macadam, mis au point par l’Écossais John Loudon MacAdam. Ce revêtement, composé de pierres concassées liées par un matériau sableux, séduit par son coût modéré et sa facilité de pose. Cependant, on lui reproche sa poussière, sa boue et la fréquence de son entretien.
Malgré ces défauts, le macadam s’impose dans la seconde moitié du XIXᵉ siècle. De nouvelles techniques le supplantent ensuite, comme l’asphalte comprimé ou le goudron.
Si le pavé de pierre reste le symbole de la ville historique, la fin du XIXᵉ siècle voit se développer une innovation étonnante: le pavé en bois. Inspirée des expérimentations parisiennes, cette technique fait son apparition à Genève en 1884, dans un tronçon d’une centaine de mètres de la rue de l’Hôtel-de-Ville. Le confort de marche y est immédiatement remarqué. Le sol est plus souple, moins bruyant, et plus régulier que le pavé de pierre traditionnel.
Quelques années plus tard, la Ville adopte le système Kerr, du nom de son inventeur. Il améliore la solidité et la durabilité du matériau. D’abord fabriqués à partir de bois locaux, ces pavés sont ensuite réalisés en karri, une essence australienne réputée pour sa résistance et sa belle teinte rouge violacée.
Mais l’expérience tourne court. Avec le temps, le karri devient glissant, compromettant la sécurité des piétons et des chevaux. Malgré cela, le pavé en bois perdure jusqu’aux années 1930, avant de disparaître définitivement au profit des matériaux minéraux.
Un des rares témoins de cette époque subsiste aujourd’hui à l’entrée du n°14 rue de l’Hôtel-de-Ville. Il s’agit d’un bâtiment construit entre 1840 et 1842 pour le physicien Auguste de la Rive, par l’architecte Jean-Pierre Guillebaud.
Ces pavés de bois constituent ainsi un vestige exceptionnel du premier essai genevois de pavage en bois, conservé in situ depuis le XIXᵉ siècle. L’immeuble, transformé depuis les années 1930 en bâtiment administratif cantonal, abrite également, sous la terrasse, un abri anti-aérien creusé en 1940 (un autre témoignage de la stratification historique du lieu).
Au fil du XXᵉ siècle, le goudron et les revêtements composites dominent les chaussées genevoises. Cependant, le pavé de pierre connaît un véritable retour en grâce avec la redécouverte du patrimoine urbain. Dans la Vieille-Ville, son usage s’étend aujourd’hui de rue en rue. Les pavés de la promenade Saint-Antoine, par exemple, datent de la fin du XXe siècle seulement. Le pavé, autrefois symbole de modernité, devient alors emblème d’authenticité et vecteur d’identité urbaine.
Mots-clés: Histoire Suisse et genevoise; Monuments
Vous voulez connaître l’histoire d’un autre monument?
Merci à Anna Hamilton et Gabriella Lini, guides et archéologues, qui m’ont appris l’histoire de ces pavés dans une de leur visite guidée que je vous recommande vivement!
Céline Garcin. « Genève veut paver toute la Vieille-Ville ». Tribune de Genève, 11.09.2015. En ligne ici.
David Ripoll. « Pavé, caillou, ciment: histoire matérielle du revêtement de sol à Genève ». Art + Architecture en Suisse, no 3, 2012, pp. 30-37. En ligne ici.
« Quelle est l’origine des pavés en bois se trouvant dans l’entrée du n° 14 rue de l’Hôtel-de-Ville et quelle est l’histoire de ce bâtiment ? ». Interroge, 14.07.2023. En ligne ici.
Photographies de l’autrice.