Une petite partie ?

Les jeux à travers l’histoire

Nouvelle donne

Le piquet : 5 siècles d’existence pour un jeu de cartes

L’arrivée des jeux de cartes en Europe est difficile à dater, mais on la place généralement autour de 1370. Importées d’Orient et originaires de Chine, les cartes à jouer ont vite remporté un vif succès. À la fois jeu de hasard et de stratégie, elles permettent de nombreuses combinaisons. Parmi les plus vieux jeux de cartes recensés, on trouve le jeu de piquet, mentionné dès 1535. Il est très présent dans la littérature, ce qui démontre sa grande popularité :

Console-moi, Marquis, d’une étrange partie,
Qu’au piquet je perdis hier contre un Saint-Bouvain

(Molière, Les Fâcheux, 1661, II, 2, vv. 304-305)

Les premiers jeux de cartes

Les cartes sont considérées comme les premiers jeux à « informations incomplètes » de l’histoire. Autrement dit, en tant que joueur, on ne dispose pas de toutes les informations puisqu’on ne voit pas le jeu de son adversaire. Le fait de pouvoir combiner des paramètres de nombres et de couleurs permet aussi de complexifier les jeux de hasard, avec des possibilités plus grandes qu’aux jeux de dés. Avec toutes ces possibilités, les jeux de cartes ont très vite séduit les joueurs de toutes catégories sociales.

jeu de cartes historique: le piquet
Jean-Louis-Ernest Meissonier, « Un jeu de piquet », 1861

Les règles du piquet

Appelé d’abord le jeu de Cent, le piquet est mentionné dès le XVIe siècle, notamment dans la liste de jeux auxquels joue Gargantua :

Là jouait,
Au flux
À la prime
À la vole
À la pille
À la triomphe
À la Picardie
Au cent…

(Rabelais, Gargantua, 1534, Texte établi par Charles Marty-Laveaux, Alphonse Lemerre, 1868, Chapitre XXII. Je vous épargne ici la liste complète des 216 jeux mentionnés…)

Comme pour la plupart des jeux de cartes, surtout des jeux de cartes anciens, les règles sont simples à suivre, mais difficiles et longues à expliciter. On y retrouve beaucoup d’éléments des jeux de cartes modernes : les annonces, le calcul des points tout au long de la partie, les levées (ou les plis), la hiérarchie des cartes… et un nombre infini de variantes ! Sans compter un vocabulaire spécifique au jeu :

Si je joue au piquet avec quelque Ostrogoth,
Il me fera vingt fois pic, repic et capot.
En dernier il aura deux quintes assorties
Et vingt fois pour un point je perdrai des parties.

(Philippe Quinault, L’Amant indiscret ou le Maître étourdi,1656, I, 4, p. 13).

Le piquet se joue à deux, avec un jeu de 32 cartes (à l’origine, il se jouait avec un jeu de 36). Les joueurs tirent au sort le donneur (celui qui donne les cartes) et le premier en cartes (le premier à changer ses cartes, à annoncer et à poser).

Le donneur mélange les cartes, les fait couper à son adversaire, distribue 12 cartes par joueur, et fait un talon de 8 cartes.

Le premier en cartes peut changer jusqu’à 5 cartes dans son jeu avec celles du talon (et doit en changer une au minimum). Le donneur après lui peut changer ses cartes, selon le nombre qu’il en reste.

Les annonces

Le piquet se décompose en deux parties : les annonces et les levées (nommées ici « le jeu de la carte »). Le premier en cartes commence par ses annonces :

  • Cartes blanches (c’est-à-dire une main sans figures)
  • Les séquences (les suites dans une même couleur, de 3 à 7 cartes)
  • Les brelans et les carrés (nommés ici « les trois cartes » et « les quatorze ». A noter que les brelans et carrés de 7, 8 et 9 ne rapportent aucuns points)

À chaque annonce du premier, le donneur répond « c’est bon » s’il a moins, « égal » s’il a le même, ou « mieux » s’il a une annonce de même type plus élevée. À chaque « type » d’annonce, le joueur qui a l’annonce la plus élevée marque des points (une suite de cinq cartes l’emporte sur une suite de trois, un brelan de valets l’emporte sur un brelan de dix, etc.)

Toutes les annonce valent un nombre de point différents que les joueurs cumulent, sauf si celles-ci sont égales, auquel cas personne ne marque de point. 

À gauche, le jeu a « cartes blanches », avec une tierce au dix de trèfle et une quarte au dix de carreau, et un « quatorze » de huit qui ne compte pas. Le jeu de droite a une tierce au valet de cœur (moins forte que la quarte de l’autre jeu, et donc qui ne rapportera pas de point) et un « trois cartes » de rois.

Le jeu de la carte

Après les annonces, arrive « le jeu de la carte », où les joueurs posent leurs cartes à tour de rôle. Le premier en cartes pose une carte, puis le donneur doit en poser une de la même couleur. Comme pour la bataille, la plus forte des cartes l’emporte et fait gagner un point à son adversaire (on dit qu’elle est « marquante ». Si la carte qui l’emporte est plus petite que le 10, elle est « non marquante », et le joueur ne gagne pas de point.

Le joueur qui remporte la levée joue la prochaine carte, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’ils n’aient plus de cartes dans leur jeu.

La dernière levée rapporte un point supplémentaire au joueur qui la gagne, et celui qui remporte plus de 6 levées (donc plus de la moitié des 12 levées de la partie) gagne encore 10 points supplémentaires.

Le jeu se termine lorsqu’un des joueurs atteint 100 points (d’où la première appellation connue du jeu).

Les hasards

Le piquet se complexifie dans certaines situations que l’on nomme des hasards, qui augmentent le nombre de point des joueurs. Il y en a trois :

Le Pic

Lorsqu’un joueur arrive à 30 points sans que son adversaire en ait marqué un seul, il fait pic et marque 30 points supplémentaires.

Le Repic

Similaire au pic, le repic a lieu avant le jeu de la carte. Si un joueur atteint le score de 30 avec ses seules annonces sans que son adversaire n’ait marqué un seul point, il monte directement à 90 points.

Le Capot

Le joueur qui remporte les douze levées met son adversaire « capot », et gagne 40 points au lieu de 10.

Le jeu comprend bien plus de règles et d’enjeux qui seraient longs à expliquer. Si vous voulez tester ce jeu, toutes les règles sont trouvables de façon claires et précises ici, avec la valeur de toutes les annonces et les levées.

jeu de cartes historique: le piquet

Mots-clés: Jeux

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Sources

Boussac, Jean, Encyclopédie des jeux de cartes : jeux de combinaisons, de ruse, de hasard, patiences, etc., L. Chailley, Paris, 1896. En ligne sur Gallica. URL : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k110475z.

Pour une version complète et moderne des règles du jeu : LALANNE, Philippe. « Le piquet », in Académie des jeux oubliés, Le Salon des jeux, 2021 (20091). URL : http://salondesjeux.fr/piquet.htm

Bibliographie

NETCHINE, Eve. Jeux de princes, jeux de vilains, Paris, BNF, 2009.

Images

Images 1 et 4 : Pixabay

Image 2 : Jean-Louis-Ernest Meissonier, « Un jeu de piquet », 1861, musée national de Cardiff, Wikipedia Commons.

Image 3 : Photographie de l’auteure

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