L’histoire de Genève à travers ses noms de rues

En passant par Chêne-Bougeries

Agénor et Valérie de Gasparin

Au XIXe siècle, Agénor de Gasparin et Valérie Boissier forment un couple emblématique du protestantisme engagé et des combats intellectuels, politiques et sociaux de leur temps. Installés en Suisse romande à partir de 1848, ils marquent profondément la vie religieuse et culturelle genevoise par leurs écrits, leurs prises de position et leurs réalisations concrètes.

Agénor de Gasparin: un intellectuel au service des libertés

Né en 1810 à Orange dans une famille d’origine corse, Agénor de Gasparin effectue des études de droit à Paris, puis entame une carrière politique sous la monarchie de Juillet. Maître des requêtes au Conseil d’État puis député de la Corse entre 1842 et 1847, il se distingue par son indépendance d’esprit et ses convictions protestantes.

Très engagé, il défend des causes majeures de son époque. Il milite notamment pour la liberté religieuse, la séparation de l’Église et de l’État, ainsi que pour l’abolition de l’esclavage, en particulier aux États-Unis. Ses prises de position lui valent autant d’admiration que d’opposition.

La Révolution de 1848 marque un tournant décisif dans sa vie. Opposé au régime du Second Empire de Napoléon III, il quitte la France et s’installe en Suisse romande avec son épouse. Dès lors, il se consacre principalement à l’écriture et à l’action intellectuelle. Par ses ouvrages, ses articles et ses conférences publiques à Genève, il devient une figure majeure du débat religieux et moral. Orateur reconnu, il attire un large public, séduit par la force de son éloquence et la hauteur de ses réflexions.

Par ailleurs, il joue un rôle important dans l’évolution du protestantisme en France en cofondant une union d’Églises évangéliques libres, affirmant ainsi son attachement à une foi indépendante de l’État.

Agénor et Valérie de Gasparin
Auteur inconnu, Agénor de Gasparin, photographie, XIXe siècle.

Valérie de Gasparin: une femme de lettres et une pionnière sociale

Née à Genève en 1813 dans une famille aisée, Valérie Boissier bénéficie d’une éducation soignée et développe très tôt un goût pour la littérature. Elle publie ses premières œuvres dès les années 1830, parfois sous pseudonyme masculin. Elle ne cessera d’écrire tout au long de sa vie. Son œuvre, riche de plus de quatre-vingts titres, mêle récits, romans, essais religieux et textes engagés.

Profondément marquée par le mouvement du Réveil protestant, elle place la foi et la morale au cœur de son engagement. Elle s’illustre comme une polémiste active, dénonçant notamment l’ivrognerie, et réfléchissant aux grandes questions sociales de son temps.

Mais c’est surtout dans le domaine social que son action est la plus novatrice. Opposée au modèle des diaconesses, qu’elle juge trop proche des traditions monastiques catholiques (obéissance, célibat, absence de salaire), elle défend une conception moderne et émancipatrice du métier d’infirmière. Pour elle, les garde-malades doivent être formées, rémunérées et libres.

Cette vision se concrétise en 1859 avec la fondation, à Lausanne, de la première école laïque de gardes-malades au monde : l’École de La Source. Cette institution pionnière marque une étape décisive dans la professionnalisation des soins infirmiers.

Agénor et Valérie de Gasparin
Paul Dujardin, Valérie de Gasparin, gravure, 4e quart du XIXe siècle. Bibliothèque de Genève.

Un engagement commun : foi, écriture et action

Agénor et Valérie de Gasparin partagent une même conception de la foi, fondée sur la liberté de conscience, l’engagement personnel et la responsabilité individuelle. Tous deux participent activement au mouvement du Réveil protestant et utilisent leur plume comme un instrument de combat intellectuel.

Leur collaboration se manifeste également dans des réalisations concrètes, notamment dans le domaine social et éducatif. Ensemble, ils soutiennent et développent des initiatives en faveur des plus démunis, tout en cherchant à concilier foi religieuse et modernité.

Installés entre Genève et le canton de Vaud, notamment dans leur domaine du Rivage à Pregny, ils deviennent des figures influentes de la vie intellectuelle romande.

La fin de la vie d’Agénor de Gasparin est assombrie par la guerre franco-prussienne de 1870. Engagé auprès des soldats réfugiés en Suisse, il tombe malade et meurt en 1871. Sa disparition laisse profondément affectée Valérie, qui se retire progressivement de la vie publique.

Elle poursuit néanmoins son œuvre, veillant à la pérennité de ses institutions. En 1890, elle transforme notamment son école de La Source en fondation afin d’assurer sa continuité. Elle s’éteint en 1894 à Pregny-Chambésy.

Agénor et Valérie de Gasparin

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Sources

Site des noms géographiques de Genève.

Denise Francillon. « Gasparin, Agénor de ». Dictionnaire historique de la Suisse, 2003. En ligne ici. 

Denise Francillon. « Gasparin, Valérie de ». Dictionnaire historique de la Suisse, 2007. En ligne ici. 

« Valérie de Gasparin: une chrétienne contestataire ». Le Temps, 14.07.2014. En ligne ici. 

Images

Images 1 et 4. Photographies de l’autrice.

Images 2 et 3. Domaine public, Wikimedia Commons.

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