La rue du Diorama à Plainpalais tire son nom d’un bâtiment aujourd’hui disparu qui exposait, à la fin du XIXᵉ siècle, d’immenses toiles panoramiques. La plus célèbre d’entre elle représentait le passage de l’armée Bourbaki aux Verrières en 1871. Le terme de diorama désigne un dispositif de mise en scène immersive, destiné à plonger le spectateur au cœur d’un événement historique.
Avant l’édification d’un bâtiment permanent, Genève accueillait déjà des dioramas itinérants, notamment à Plainpalais dès les années 1830. Ces installations temporaires, parfois rudimentaires, proposaient des scènes peintes présentées selon les principes inventés par Louis Daguerre. Les archives du Journal de Genève témoignent de cet engouement populaire, mais aussi de la fragilité de ces structures exposées aux intempéries.
En 1880, une étape décisive se joue, avec la construction d’une rotonde spécialement conçue pour accueillir un panorama permanent. Le bâtiment se construit au boulevard de Plainpalais (actuel boulevard Georges-Favon) par l’architecte Jacques-Élysée Goss. De plan polygonal, avec un diamètre d’environ 40 mètres, la rotonde est couverte d’une toiture en zinc et éclairée par le haut.
Ce nouveau lieu s’inscrit dans un ensemble culturel dense à Plainpalais, qui regroupe alors cirque, diorama, casino et théâtres, faisant du quartier l’un des principaux pôles de divertissement de Genève à la fin du XIXᵉ siècle.
Le diorama accueille rapidement une œuvre majeure qui va faire sa renommée: le panorama Bourbaki. Inauguré le 24 septembre 1881, il est l’œuvre du peintre genevois Édouard Castres. Ancien volontaire de la Croix-Rouge il est profondément marqué par l’épisode qu’il représente. Il s’agit de la retraite dramatique et l’internement en Suisse de l’armée française de l’Est, commandée par le général Charles Bourbaki, durant l’hiver 1871.
La majorité des dioramas de l’époque glorifient des victoires militaires. A l’inverse, Castres choisit de représenter une défaite, la souffrance humaine et l’élan humanitaire suisse. La toile, longue de 112 mètres et haute d’environ 10 mètres, est réalisée en quelques mois. Une équipe de peintres seconde Castres. Parmi eux figure Ferdinand Hodler, alors au début de sa carrière.
Le panorama se déploie en trois grandes séquences: la marche des soldats dans la neige jurassienne, leur désarmement aux Verrières sous contrôle suisse, puis leur acheminement vers les lieux d’internement. Loin de l’héroïsme traditionnel, Castres insiste sur la misère des soldats, les gestes de solidarité des civils et le rôle de la Croix-Rouge.
À son inauguration, le panorama rencontre un grand succès populaire. La presse genevoise souligne l’effet saisissant de l’illusion et l’émotion ressentie par les visiteurs. Pendant près de huit ans, le panorama Bourbaki attire un public nombreux à Plainpalais.
Cependant, comme beaucoup d’autres panoramas européens, il souffre à terme d’un essoufflement de la fréquentation, accentué par l’évolution rapide des formes de divertissement et, bientôt, par l’émergence du cinéma.
Face au déclin du succès commercial à Genève, Benjamin Henneberg décide de transférer le panorama à Lucerne, ville alors en plein essor touristique. En 1889, une nouvelle rotonde est construite à la Löwenplatz. A Genève, on démonte soigneusement la toile. Enroulée sur un cylindre, puis remontée dans son nouveau lieu d’exposition, elle prend alors place à Lucerne. Le panorama existe toujours aujourd’hui, constituant l’un des très rares panoramas du XIXᵉ siècle encore visibles dans son intégralité.
La rotonde de Plainpalais est démolie avant 1900. Toutefois, son porche monumental, œuvre de Jacques-Élysée Goss, ne subit pas le même sort. Conservé et déplacé à plusieurs reprises, il se retrouve en 1907 à la poste du rond-point de la Jonction. Puis, on le déplace à proximité de la place des XXII-Cantons (devenue place Lise-Girardin). Il s’y trouve encore aujourd’hui, accompagné d’une plaque commémorative.
Mots-clés: Art; Histoire Suisse et genevoise; Monuments; Noms de rues
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Site des noms géographiques de Genève.
« Quelle est l’histoire de la rue du Diorama ? ». Interroge, 06.03.2023. En ligne ici.
« Pouvez-vous me renseigner sur l’histoire du panorama Bourbaki qui était exposé à Genève dès 1881 et sur la raison de son déménagement à Lucerne en 1889 ? ». Interroge, 18.04.2024. En ligne ici.
Images 1 et 5. Photographies de l’autrice.
Images 2 à 4. Domaine public, Wikimedia Commons.