Un jour, une histoire

Que s’est-il passé le… ?

18 août 1907

Quand les chasseurs de serpents étaient des célébrités locales

Entre les années 1850 et 1950, on retrouve de nombreux articles relatant une activité singulière : la chasse aux vipères. Dès la fin du XIXe siècle, la prolifération des serpents en Suisse et en France pose problème, au point que les autorités payent entre 0.50 et 1.50.- par tête de vipère quiconque pourra en attraper. Plusieurs « chasseurs » y voient un moyen d’arrondir leurs fins de mois. Parmi eux, on retrouve un certain Albert Hussy, dont la presse locale relate régulièrement les exploits…

La thériaque et la chasse aux vipères

De l’Antiquité au XIXe siècle, les apothicaires préparent de la thériaque. Ce remède compliqué, composé de plus de 50 ingrédients, est réputé efficace contre les poisons, les venins et certaines douleurs. Même si sa composition a varié au cours du temps, l’un de ses éléments phares est la vipère.

Ainsi, pendant des siècles, on chasse les vipères pour les vendre aux apothicaires pour la préparation de la thériaque. Cependant, en 1884, celle-ci est supprimée de la pharmacopée française. On ne chasse alors plus les serpents, qui pullulent dans certaines régions de France et de Suisse romande.

Pour pallier à ce problème, les autorités décident de payer des chasseurs de vipères par tête de serpent. On peut par exemple lire dans le Journal de Genève en 1905 qu’un chasseur de vipères a reçu du département de justice 101.- pour la capture de 101 vipères. En 1931, on retrouve un autre article qui encourage cette pratique, malgré une baisse de la prime :

L’Etat de Genève ayant décidé de ramener la prime pour chaque vipère tuée sur le canton de 1fr. à 0.50, l’Association des Chasseurs du Canton de Genève a créé les récompenses suivantes pour encourager les chasseurs de vipères à ne pas diminuer leur activité.
Elle allouera à toute personne 0.25fr. par vipère tuée de 100 à 199 pièces ; 0.40fr. de 200 à 399 ; 0.50 à partir de 400. À condition que ces vipères aient été tuées sur le canton dans le courant d’une même année.
Quand les chasseurs de serpents étaient des célébrités locales
Galle, Cornelis et Straet, Jan van der, Chasse à la vipère. Estampe, gravure, XVIe siècle.

Albert Hussy et les journaux genevois

Parmi les chasseurs de vipères genevois, on retrouve un homme du nom d’Albert Hussy. On ne trouve que très peu d’éléments sur sa vie. Il a commencé son activité en 1905, et est ensuite régulièrement cité dans les journaux. On le mentionne la première fois dans la Tribune de Genève du 24 mai 1905 :

J’ai lu dans un de vos derniers numéros un article concernant les chasseurs de vipères et à cette occasion je prends la liberté de vous informer que nous avons ici un voisin jeune homme n’ayant qu’un bras de valide. M. Albert Hussy qui est aussi un chasseur acharné de ces dangereuses bêtes. Depuis deux mois il en a attrapé déjà 52 autour des cibleries et de la ferme de St-Georges.

Au cours de sa vie, Albert Hussy attrape de nombreuses vipères. C’est ainsi qu’on lit dans le Journal de Genève, il y a exactement 116 ans, le 18 août 1907 :

Le jeune chasseur de vipères Hussy est vraiment un maître en son art. Ainsi, dimanche dernier, il en a capturé 10 et vendredi, parti à dix heures de Plainpalais dans la direction de Bernex, Aire-la-Ville et Vernier, il est revenu avec 21 exemplaires qu’il a remis aussitôt au département de justice et police.
Rappelons que le total de ces dangereux reptiles dont M. Hussy a purgé notre canton dans le courant de 1906 était de 607. Pour 1907, c’est-à-dire du mois de mai à ce jour, le nombre dépasse déjà 400.
Hussy est d’autant plus admirable dans sa lutte contre son agile gibier qu’il ne peut se servir de sa main droite, perdue dès sa prime enfance, par suite d’un empoisonnement du sang survenu lors de sa vaccination.
La chasse aux vipères

10'000 vipères au palmarès

Au début du mois d’août 1926, tous les journaux romands parlent d’Albert Hussy pour rapporter le même fait : il a désormais plus de 10’000 vipères sur son tableau de chasse !

Le réputé chasseur de vipères Albert Hussy a capturé vivantes, dimanche et lundi entre Russin et Peney près de Genève, trente dangereuses vipères cuivrées. Ces reptiles sont actuellement exposés en lieu sûr, à la devanture de la Pharmacie Principale, à Genève, où elles font l’admiration des connaisseurs ! Depuis dix ans qu’il s’occupe de cette chasse spéciale, M. Hussy a tué plus de 10’000 vipères.
(Feuille d’avis de Vevey, 4 août 1926)

La chasse aux vipères continue ensuite pendant quelques décennies. Albert Hussy décède en 1947. Vingt ans plus tard, la loi sur la protection de la nature et du paysage de 1967 reconnaît la vipère comme espèce protégée. Il devient donc interdit de la chasser et de la tuer.

La chasse aux vipères

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Sources

Boissinot, Alexandre. « Chasseurs de vipères aux XIXe et XXe siècles ». Histoire et Patrimoine du Bressuirais. Bulletin n°78, 2018. En ligne ici

Journal de Genève, éditions du18.08.1907 et 04.08.1926.

« La chasse à la vipère », RTS, 02.09.1954. En ligne ici

Images

Images 1 et 4 : Pixabay

Image 2 : Galle, Cornelis et Straet, Jan van der, Chasse à la vipère. Estampe, gravure, XVIe siècle. Domaine public, https://hdl.handle.net/2268.1/1897

Image 3 : Domaine public, Wikipedia Commons

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