Figure marquante du XIXᵉ siècle genevois, Jean-Jacques de Sellon est un philanthrope, mécène et militant pacifiste, qui a œuvré pour l’abolition de la peine de mort et la promotion de la paix internationale. Son engagement moral, politique et artistique a durablement marqué l’histoire et l’identité de Genève.
Né le 20 janvier 1782 à Genève dans une famille protestante issue du Midi de la France, Jean-Jacques de Sellon est le fils de Jean de Sellon, seigneur d’Allaman et comte du Saint-Empire. De Sellon effectue plusieurs séjours en Italie durant sa jeunesse, où il est marqué par le spectacle des exécutions publiques. Ces expériences nourriront son futur engagement contre la peine de mort.
Admirateur de Napoléon Ier, il assiste à son couronnement à Milan en 1805. Napoléon le nomme chambellan et chevalier de l’ordre de la Réunion. À la mort de son père en 1810, Jean-Jacques hérite d’une importante fortune et du château d’Allaman, qui deviendra un centre d’activité intellectuelle et artistique.
Homme de lettres, philanthrope et mécène, Jean-Jacques de Sellon se distingue par ses engagements humanitaires et pacifistes. Membre du Conseil représentatif de Genève (1816–1835), il milite pour des réformes progressistes pour l’abolition de la peine de mort, la création d’un tribunal arbitral international et l’abaissement du cens électoral.
En 1830, il fonde la Société de la Paix de Genève, la première du continent européen, inspirée des mouvements pacifistes britanniques et américains. Son action contribue à forger ce qu’on appellera plus tard l’Esprit de Genève, ensemble de valeurs humanistes, pacifistes et internationales qui feront de la cité un symbole de médiation et de droit humanitaire.
Grand amateur d’art, Jean-Jacques de Sellon réunit une importante collection de peintures, qu’il ouvre volontiers au public. Il achète notamment des œuvres d’artistes suisses et italiens de son temps. Plusieurs pièces de cette collection sont aujourd’hui conservées au Musée d’art et d’histoire de Genève.
Il entretient également une vie mondaine et intellectuelle active, recevant au château d’Allaman ou dans sa demeure de la rue des Granges des personnalités comme Franz Liszt, George Sand, l’impératrice Joséphine de Beauharnais, ou encore le comte Cavour.
En 1814, à l’occasion du 250e anniversaire de la mort de Jean Calvin, Jean-Jacques de Sellon imagine un monument grandiose à la mémoire du Réformateur. Il lance une souscription publique pour ériger un colosse de Calvin dans l’axe de la porte Neuve (actuelle place Neuve).
Ce projet visait à affirmer l’identité protestante et réformatrice de Genève au moment où la République s’apprêtait à rejoindre la Confédération helvétique, dans un contexte de tensions entre catholiques et protestants.
Cependant, les autorités genevoises refusent le crédit nécessaire à la construction du monument, estimant la figure de Calvin trop controversée et craignant d’encourager un culte de la personnalité contraire à l’esprit réformé.
Déçu mais persévérant, de Sellon décide d’ériger à ses frais un monument plus modeste, une grande pierre tombale pyramidale dédiée à Calvin, sur la terrasse de sa demeure de la rue des Granges n°2. Cette œuvre, encore visible aujourd’hui depuis la place Neuve, se dresse dans le jardin d’un hôtel particulier classé, désormais propriété de l’État de Genève.
Ce monument, discret et symbolique, traduit la volonté de de Sellon de rendre hommage à la pensée du Réformateur plutôt qu’à sa personne.
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Giuseppe Gallavresi. « Le centenaire d’un précurseur: Jean-Jacques de Sellon ». Bulletin de la Croix-Rouge, No. 149, mai 1931. En ligne ici.
Ivo Rens, Klaus-Gerd Giesen. « Jean-Jacques de Sellon : pacifiste et précurseur de « l’esprit de Genève » ». Revue suisse d’histoire, n° 35, 1985. En ligne ici.
Lucien Boissonnas. « Sellon, Jean-Jacques de ». Dictionnaire historique de la Suisse, 03.05.2010. En ligne ici.
« Que reste-t-il de Calvin ». Campus, n°94, avril 2009. En ligne ici.
Images 1, 4 et 5. Photographies de l’autrice.
Image 2. Domaine public, Wikimedia Commons.
Image 3. Musée d’art et d’histoire, Ville de Genève. Don de Jean-Jacques de Sellon, 1826.