Expression qui exprime le fait d’être submergé et d’effectuer un travail impossible, elle est utilisée depuis plusieurs siècles. Meurtres ou prison, les origines de cette locution sont sanglantes…
L’hypothèse la plus probable explique que l’usage de l’expression remonte au XVe siècle. Parmi les brigands de l’époque, on retrouve la Compagnie de la Coquille. Ses membres, les Coquillards, sont restés célèbres grâce à leur procès en 1455. Vol, faux-monnayage, cambriolage, escroquerie… les chefs d’accusation sont nombreux. Mais la renommée de ce procès tient surtout du lexique d’argot fourni par un indic. Des termes du jargon des malfaiteurs sont retranscrits, et nous sont ainsi parvenus.
Les « envoyeurs » sont des meurtriers, les « planteurs » des faux-monnayeurs, les « vendangeurs » s’occupent de couper des bourses… Et « l’auberge de midi », c’est la prison !
C’est une des premières traces écrites qui montre que l’auberge désigne la prison dans l’argot des voleurs. En effet, ils y « reçoivent » le gîte et le couvert, mais ne peuvent pas en sortir… comme une auberge avec des barreaux. Ainsi, s’ils sont pris, ils ne sont pas sortis de l’auberge…
Cependant, une autre hypothèse est parfois donnée comme origine de l’expression. Plus tardive et moins probable, elle est néanmoins intéressante à citer. Elle viendrait d’une histoire sordide liée à une auberge ardéchoise du XIXe siècle : l’auberge de Peyrebeille.
Surnommée par la suite l’auberge rouge, elle est liée à plusieurs crimes dans la première moitié du XIXe siècle. Elle est considérée comme le théâtre d’une cinquantaine de meurtres, de nombreux vols et de divers autres méfaits.
Pendant plus de 20 ans, entre 1805 et 1830, les tenanciers auraient détroussés les voyageurs de leur auberge, aidés de leur valet. Le 26 octobre 1831, on découvre le cadavre d’un homme à 10 kilomètres de l’auberge. Crâne fracassé, genou broyé… mais avec tout son argent sur lui. Quelques jours plus tard, le juge de paix enquête à l’auberge et arrête ses propriétaires. L’opinion publique s’enflamme, et très vite, des rumeurs imputent aux suspects 53 disparitions, plusieurs tentatives d’assassinat et des vols. L’accusation ne retient finalement « que » deux meurtres, quatre tentatives et six vols. Après un procès en juin 1833, ils sont guillotinés dans la cour de leur auberge le 2 octobre suivant.
Dans l’imaginaire collectif, l’ampleur prise par cette affaire pourrait être à l’origine de l’expression « on n’est pas sorti de l’auberge ». Cependant, il est peu vraisemblable que ce soit le cas. Prison ou propriétaires meurtriers, il veut mieux une bonne auberge accueillante de laquelle on sort sans encombre !
Mots-clés: Anecdotes historiques; Expressions; Faits divers
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Messadié, Gerald. Le secret de l’Auberge rouge, Paris, Éditions de l’Archipel, 2007, 256 p.
« Ne pas être sorti de l’auberge : Définition et origine de l’expression », 14.08.2022. URL : https://www.lalanguefrancaise.com/expressions/ne-pas-etre-sorti-de-l-auberge-definition-et-origine
Toureille, Valérie. « Une contribution à la mythologie des monarchies du crime : le procès des Coquillards à Dijon en 1455 », Revue du Nord, vol. 371, no. 3, 2007, pp. 495-506. https://www.cairn.info/revue-du-nord-2007-3-page-495.htm
Images 1 et 2 : Pixabay
Image 3 : L’auberge de Peyrebeille, auteur inconnu, vers 1900. Domaine public, Wikipedia Commons.