Chaque 2 février, il est de coutume de faire des crêpes. Derrière cette fête familiale se cachent des croyances anciennes, des rites de lumière et, parfois, des présages. Parmi les plus célèbres anecdotes liées à la Chandeleur figure celle de Napoléon Ier, le 2 février 1812, quelques mois avant la désastreuse campagne de Russie…
La Chandeleur, ou fête des chandelles, trouve ses racines bien avant le christianisme. Les Romains honoraient déjà la déesse Cérès, déesse des moissons, en offrant des « crêpes » ou galettes de farine et de miel pour assurer de bonnes récoltes. La forme ronde et dorée des crêpes évoquait le soleil renaissant après les longs mois d’hiver, symbolisant la lumière, la fécondité et l’abondance.
Avec le christianisme, cette fête païenne se transforme en Festum Candelorum, célébrant la Présentation de Jésus au Temple et la purification de la Vierge. Les cierges bénis, portés en procession, protégeaient les foyers et les champs contre la foudre et les fléaux.
La tradition de faire sauter les crêpes, encore bien vivante aujourd’hui, s’accompagnait autrefois de nombreux rites destinés à attirer la chance et la prospérité. Il fallait tenir une pièce d’or dans la main gauche tout en lançant la crêpe de la main droite. Si la crêpe retombait correctement dans la poêle, la famille serait riche et heureuse jusqu’à la Chandeleur suivante.
Dans d’autres régions, lancer une crêpe sur une armoire assurait de bonnes récoltes, tandis que la rater annonçait malheur ou pertes. On disait aussi que toute la famille devait « tenir la queue de la poêle » pour renforcer l’unité du foyer.
Le 2 février 1812, l’empereur Napoléon rend visite à son ex-épouse Joséphine à la Malmaison. Malgré leur divorce, ils entretiennent encore une certaine complicité. Ce jour-là, on prépare des crêpes pour célébrer la Chandeleur. Napoléon, superstitieux, veut participer au rituel.
Tenant lui-même la poêle, il s’applique à faire sauter les crêpes. Une, deux, trois, quatre ! Toutes réussies, parfaitement dorées. Il plaisante alors, y voyant autant de batailles victorieuses pour la campagne de Russie qu’il s’apprête à lancer.
Mais quand vient la cinquième… catastrophe! La crêpe se retourne mal, glisse, et vient se calciner sur la tôle rougie du fourneau. L’empereur se fige. Son regard se fait sombre. C’est un mauvais présage…
Napoléon part en Russie avec son armée. Il gagne ses quatre premières batailles. Il y voit un signe : quatre crêpes réussies pour quatre campagnes réussies en Russie… Puis Napoléon subit une défaite à Moscou. Pour les plus superstitieux, c’est ce qu’annonçait cette fameuse cinquième crêpe brûlée…
La légende raconte qu’en contemplant la ville de Moscou en flammes, Napoléon aurait confié à son fidèle maréchal Ney: «C’est ma cinquième crêpe!»
L’histoire amuse. Elle s’inscrit dans une époque où les présages guidaient encore les décisions de toutes et tous. Napoléon, stratège rationnel, n’en restait pas moins superstitieux. Songes, comètes, ou simples accidents domestiques prenaient pour beaucoup valeur d’avertissement.
Il partageait ainsi les croyances populaires : rater une crêpe annonçait malchance, comme voir s’éteindre trop tôt le cierge de la Chandeleur. Cette superstition impériale s’inscrit dans un ensemble plus vaste de croyances liées au 2 février. Nombres de proverbes liés à la Chandeleur étaient prononcés dans la campagne au XIXe siècle, qui se sont largement estompés depuis…
En voici quelques-uns…
À la Chandeleur, l’hiver se meurt ou prend vigueur.
À la Chandeleur, trouve ton âme sœur : que du bonheur !
Si point ne veux de blé charbonneux, mange des crêpes à la Chandeleur
Chandeleur trouble, hiver redouble
S’il pleut à la Chandeleur, les vaches donneront beaucoup de beurre.
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Evana Lemaire. « Crêpe au-dessus de l’armoire, tenir une pièce dans sa main : on vous explique les traditions et superstitions autour de la Chandeleur ». Cuisine actuelle, 31.01.2025. En ligne ici.
Fabien Goubet. « La Chandeleur, une fête de crêpes et de superstitions ». Blick, 29.01.2024. En ligne ici.
« La crêpe de Napoléon». Journal du Jura, 31.01.1938. En ligne ici.
Solange Bouvier. « La chandeleur, son histoire ». Archéologie et histoire, 04.02.2022. En ligne ici.
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